• Nenad Popović

Journal de guerre en Ukraine : 25e semaine


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11 août 2022, 169e jour de guerre

Lexicon quarti imperii. Qu’est-ce précisément qu’un oligarque russe ? L’explication nous est donnée aujourd’hui par Boris Mints, l’homme qui dispose de 1,3 milliard de dollars et qui jusqu’à récemment s’adonnait aux grands investissements en Russie et là vit (en exil) à Londres : « En Russie cette expression désigne le chef d’entreprise relié à Poutine et dont la plus grande partie de la richesse c’est-à-dire du profit découle de sa relation avec l’État. » L’homme d’affaire qui s’en détache est considéré comme « une menace (pour Poutine). Ils, le cercle autour de Poutine, se disent qu’il pourrait potentiellement être le financier de l’opposition ou des manifestations ». Boris Mints nous donne aussi un petit aperçu de la condition mentale qui règne dans ce groupe de citoyens-milliardaires russes, ses connaissances : « Ils ont tous peur. » C’est ce que j’ai lu aujourd’hui dans Jutarnji list. Donc, des groupes de la société russe vivent dans la crainte : opposants politiques ou familles de soldats morts en Ukraine et à qui il est interdit d’en parler en public, a peur sans doute aussi une grande partie de familles de ces soldats envoyés en Ukraine. À quoi il faut ajouter les 44 millions d’Ukrainiens qui ont peur, craignent, vivent dans l’angoisse car ils sont à la portée immédiate et la cible du pouvoir au Kremlin. Quels sont les autres groupes, couches et types de population en Russie et tout autour d’elle qui ont peur, il est difficile de le déterminer car l’autre face de la médaille est le silence. Dans la peur, surtout de l’agression, avant tout on se tait. Schweigen ist gold, le silence est d’or, dit le proverbe populaire. La Crimée en est un excellent exemple. De l’occupation à l’annexion forcée en 2014, du peuple de la Crimée nous n’avons pas entendu un seul mot, même si là-bas vivent des gens ordinaires comme moi, qui plus est différents peuples et cultures. Le règne de Vladimir Poutine et des siens est un régime de terreur dans sa forme technique la plus pure où le terme en soi signifie régner par la crainte. Les cercles de la peur sont finement nuancés de l’épicentre à la périphérie. À l’épicentre sont les exécutions (Politkovskaïa, Nemtsov) et les tortures physiques (Navalny), puis les cercles s’élargissent graduellement, jusqu’à moi là-bas quelque part au loin. Et se nomment, dans mon cas par exemple, le sentiment de l’insécurité existentielle et la crainte s’il y aura du gaz qui nous permet de nous réchauffer ou encore de l’essence qui fait bouger les automobiles dont nous dépendons directement. Et entre moi et ceux à l’épicentre - dans les caves à Kharkiv ou la cellule de Navalny au Goulag - on compte un nombre infini de cercles de la peur de plus en plus marquée et de la crainte de plus en plus aiguë. Qu’en est-il du soldat finlandais sur la frontière finno-russe, comment se sentent les Estoniens, quelle atmosphère règne dans les appartements et les maisons à Yerevan, dans quelle sorte d’hibernation provoquée par la pure peur vit toute la population du peuple biélorusse ? Pour pouvoir se représenter les dimensions de l’espace englobé par la stratégie de guerre par la peur il faut se pencher sur la carte pour voir où sont Helsinki et Rovaniemi et où se trouve Yerevan.


Mais passe encore la peur. La peur est un réflexe, une réaction. Ce qu’il y a de terrifiant c’est le monde du silence, non seulement en Crimée, en Biélorussie mais avant tout parmi la population de l’immense Russie. Nous n’en savons rien car la masse est muette. Aucune annonce publique, aucune publication de pensées ou émotions. Sans parler de sondages d’opinion. La population de quasiment cent cinquante millions est terriblement homogène dans ce silence, mes, nos voisins avec lesquels il y a peu je restais longuement assis sur la plage sous les pins dans la Lagune Verte et Bleue. (Dire ou imaginer que la Russie est « loin » est à notre époque technologique et dans cette ère d’un transport rapide tout simplement absurde.) Mais on ne dispose que de l’obscurité et du silence. Il ne nous reste qu'à supposer. Nous savons un tas de choses sur l’appareil répressif de l’État russe car il s’en vante avec plaisir, mais sur la masse des Russes pratiquement rien. Est-elle départagée ou règne-t-il le je-m’en-foutisme général ? Ou encore a-t-elle opté pour la stratégie du silence pour une raison ou une autre ? La majorité silencieuse signifie-t-elle l’acceptation ou au contraire, est-ce le sceau de la distanciation, de l’écart ? Le narratif « analytique » occidental sur ces sots Russes qui croient en ce qui leur est dit dans le JT de la télévision étatique puis partent se coucher l’esprit tranquille est profondément condescendant, plus probable étant l’autre option extrême qu’une aussi grande société est léthargique, dépressive et donc passive, se défendant pour ne rien vouloir savoir, écouter, voir et ne souhaitant pas réfléchir. Cette dernière interprétation m’est plus abordable. Non pas à cause des lois générales du comportement de la masse, mais plutôt dû à l’expérience historique des Russes en tant que tels. Et qui est horrible, et concernait tout un chacun et durait de 1917 à 1990 (« le bref vingtième siècle »). Et était même avant laissé à soi-même mises à part quelques villes perdues dans l’océan des étendues russes. Les Russes jadis pendant des siècles vivaient vraiment dans la surdité ne disposant même pas de l’outil des plus primitifs pour pouvoir percer, le littérisme. Orlando Figes a écrit un grand livre à ce sujet, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d’un peuple, aussi sur le fait qu’une vivacité démocratique n’existait que dans un bref épisode entre 1904 et 1917, mais dont trois années ont été bouffées par la guerre. Si ça se trouve aux Russes, le fait de baisser la tête et le silence sont « passés dans les gènes » et que c’est une vieille habitude et le modus vivendi et operandi traditionnel. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de l’opportunisme, mais le réflexe de soumission est quelque chose de bien plus profond encore. D’ailleurs, l’esclavagisme avait été introduit en Russie au XVIII siècle et jusque-là subsistait ne serait-ce que l’asservissement. Évidemment, je ne fais que spéculer, impuissant et sceptique que je suis, car le peu que je sais sur la Russie je le puise des gros livres, ce qui est un point de départ bien risible. Je ne sais rien sur la Russie de Poutine alors que celui-la règne depuis longtemps. Ce qui m’a été confirmé (tout en me secouant) par la nouvelle accompagnée d’une photographie qu’à la suite des explosions sur l’aéroport militaire en Crimée, les touristes russes se sont mis à fuir de la péninsule créant des bouchons. Donc, les Russes passent leurs vacances d’été en Crimée, massivement, puis s’étonnent et paniquent lorsque tombe une roquette ou une bombe - de l’aéroport d’où sans arrêts décollent les bombardiers pour lâcher des bombes cent cinquante kilomètres plus loin.


Tandis qu’aujourd’hui Frankfurter Allgemeine Zeitung apporte cette autre nouvelle surréaliste. Dans l’exode généralisé de Russie de grandes sociétés internationales (les emblèmes étant McDonald's, H&M et Coca-Cola), IKEA a des magasins et de ses propres usines viré 15.000 travailleurs locaux. Mais l’autrice de l’article, Kerstin Holm dit que ça sera une « des plus pénibles pertes pour la population russe » maintenant que du marché ont disparu les smart phones, les montres de luxe et les parfums, à quoi l’État a remédié décidant d’ouvrir à l'automne des magasins réservés uniquement aux diplomates et étrangers, les légendaires Beriozka (en Yougoslavie « magasin diplomatique ») avec ces marchandises payables uniquement en dollars et euros. La « niche vide sur le marché » du meuble qu’Ikea laissa derrière elle sera tout aussi comblée par l’État sous l'aspect de la principale administration pénitentiaire russe, à savoir de son département pour la « réhabilitation par le travail » dirigé par le colonel Ivan Charkov. « Il a assuré que dans les colonies pénitentiaires des meubles d’une qualité bien supérieure et moins chers que ceux d’Ikea sont fabriqués », rapporte Kerstin Holms, et que Charkov informe que la fabrication des meubles enregistre une forte augmentation et qu’ils sont ouverts à tous types de propositions pour faire des affaires.




13 août 2022, 171e jour de guerre

Il y a quelques jours, Gabrijela m’a écrit de Wuppertal : « J’ai enfin terminé la lecture de Schlœgel, il m’a fallu souffler un peu. Les portraits de certaines villes sont excellents. Je commence à me rendre compte quelles perles de la culture européenne (étaient) sont les villes telles que Lviv, Tchernivtsi, Odessa. On peut se demander comment se fait-il que les Européens d’occident n’en savent quasiment rien. On aurait pu y attarder notre regard il y a bien longtemps - mais la vue ne pouvait parvenir aussi loin vu que nous ne cessions de nous admirer nous-mêmes dans le miroir, pas jusqu’à l’Europe centrale, pas jusqu’à l’Europe orientale. Là, nous y sommes contraints, mais pour la plupart cela est encore bien trop loin, et les gens sont avant tout irrités. Ce qui rejoint le dernier paragraphe de Schlœgel, Le choc. Se pencher sur un cas sérieux - que voici maintenant, et il pourrait devenir plus sérieux encore. Il décrit aussi avec beaucoup de minutie comment avant tout le témoin ne pouvait être que sous le choc. Puis il s’est tout de même mis à écrire ignorant ce qui pourrait en résulter. Sept ans en arrière, il avait déjà raison : soixante-dix ans de paix en Europe se sont avérés comme étant une situation exceptionnelle. »


Cette lettre m'importe beaucoup, car elle ne provient pas du cercle des critiques professionnels, de collègues historiens de Schlœgel et de ce milieu, mais de quelqu’un qui ne publie pas mais toute sa vie fréquente quasi exclusivement les gens très instruits, dans les théâtres et parmi les comédiens et metteurs en scène, gens des universités, artistes et poètes, visite les grandes expositions dans le périmètre de cent cinquante kilomètres. Et elle a formulé « l’éloignement de l’Europe centrale et orientale », la contemplation narcissique de l’Europe occidentale et a avant tout utilisé le mot irritation.


Pour être précis, cette lettre me fait du bien, car depuis des mois je doute qu’au moins la moitié des textes, commentaires, contributions aux discussions sur l’Ukraine provenant des gens publics n’est qu’un exercice obligatoire du politiquement correct. Qui est entre-temps tellement internalisé que ces mêmes orateurs publics et annonciateurs sont convaincus de leur propre authenticité, leur intelligence, leur moral, « l’excitation » et l’engagement. Sans être aucunement irrités par eux-mêmes non plus du fait qu’ils n’ont jamais parcouru les fameuses collections scythes dans les musées ukrainiens, et Odessa leur est connue éventuellement et uniquement par le biais de la séquence d’Eisenstein avec la poussette dans les grands escaliers, et quelle serait exactement la langue qui est parlée là-bas où éventuellement les langues, ça ils le savent encore moins. Tout comme moi d’ailleurs, mais sous le choc et dans la honte, j’apprends. Une partie de ma honte est aussi mon balbutiement dans ce journal à propos de la tragédie en Ukraine, et en passant - ou avant tout ? - document de mon europanéité invalide. Alors que Predrag Matvejević répétait bel et bien être à demi Ukrainien, il me l’a dit à plusieurs reprises aussi en tête à tête, mais moi j’étais sourd, je pensais que c’était une remarque accessoire en l’ignorant comme une tâche blanche. On pouvait passer beaucoup de temps ensemble et en bavardant je demandais tant de choses à ce grand érudit inspiré, mais ce que cela voulait dire que d’être Ukrainien, ça jamais.




14 août 2022, 172e jour de guerre

Bataclan : Pratiquement chaque matin jour après jour je consulte les pages d’accueil des éditions digitales des grands journaux européens. Dans l’ordre me sont alignés sur la bande Süddeutsche Zeitung, Der Standard, Frankfurter Rundschau, La Reppublica, Corriere de la Sera, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Die Zeit, Le Soir, Le Monde et Le Figaro. Aujourd’hui, à 8 heures du matin la nouvelle à la une des journaux français, c’est Salman Rushdie, avec son grand portrait et le dernier bilan de son état de santé, et Le Monde y a aussi consacré son éditorial, derrière lequel se tient toute la rédaction et qui a le caractère d’une prise de position définitive et est toujours consacré à une question fondamentale pour Le Monde ce qui veut dire la France tout entière. Le Soir ne paraît pas en France mais en Belgique, mais est le journal de la Belgique française, de la francophonie dirait-on aujourd’hui. Le même titre à la une sur l’état de santé de Rushdie dans Libération, avec son portrait tout en haut. Dans les journaux allemands, deux jours après que Rushdie a été massacré avec un couteau, l’événement est à peu près cinquième dans l’ordre d’importance, tout comme dans La Reppublica et Corriere della serra. Dans New York Times pareil, à la quatrième ou la cinquième place. Ceci me frappe à cause du livre sur les différentes genèses des nations, sentiments de l’unité nationale et l’appartenance tout comme de formes diverses du nationalisme en Angleterre, France, Russie, Allemagne et États-Unis d’Amérique du début du XVIIe au début du XIXe siècle. Differentia specifica de la France est que dans ce pays le terme de la nation nous le devons au mot écrit, au culte de la littérature, à l’expression écrite hautement cultivée dans tous les domaines de la pensée abstraite et de la transmission du savoir. Tout à fait hors de la sphère de l’État, de l’économie, de la religion et autres dans d’autres pays analysés dans ce livre. Le compendium auquel je me réfère a été écrit par la savante Liah Greenfeld : Nationalism: Five Roads to Modernity (1995), et grâce auquel je comprends le « paradoxe » pourquoi l’état de santé de l’écrivain Salman Rushdie fait les gros titres dans quasiment toute la presse française, sans que cela soit le cas chez les autres. Alors que pour les Français, il a bel et bien, deux jours après l’attentat sur l’écrivain Rushdie, des nouvelles bien alarmantes, ainsi Le Monde présente la carte avec des parties de la France ou est en vigueur la restriction de l’eau et publie l’article où est discuté le fait que sur la répartition de l’eau restante, il faudrait décider par voie démocratique ; le bombardement russe de la centrale atomique à Zaporijjia les inquiète aussi. Mais Salman Rushdie fait les gros titres.


En passant, et c’est probablement ce qui est le plus important, le principal but politique de cet attentat sur l’écrivain Salman Rushdie, commandé avec à la clé une récompense par la Perse et d’autres pays arabes, sunnites, et c’est qu'il se taise, n’a pas été réalisé. À l’hôpital, il s’est remis à parler.




15 août 2022, 173e jour de guerre

Top gun : le portail Index rapporte la nouvelle qu’un des meilleurs aviateurs de l’armée de l’air ukrainienne Anton Listopad a perdu la vie dans le combat. Index publie sa photographie où on le voit debout sur une piste devant un incroyable vaisseau d’attaque, il est beau, jeune, fascinant dans sa tenue de combat, icône plus puissante que n’importe quel Hollywood.


Ce matin, Le Figaro continue à avoir sur sa couverture Rushdie et juste en-bas trois ou cinq articles sur lui. Sur la couverture de l’édition imprimée, je vois un imposant portrait de Rushdie, juste sous le lettrage magique Le Monde, qui, maintenu dans sa fine et ancienne facture ne laisse pas douter à qui avons nous à faire et ce que là-bas on attend des journalistes.


B., réfugiée ukrainienne que nous avons rencontrée, trentenaire avec un enfant en Istrie, a craqué. Elle a terriblement maigri, est toujours au bord des larmes. Évidemment, nous n’osons pas demander pourquoi. D’où nous viendrait le droit pour une telle intrusion ? Parce qu’elle est une impuissante réfugiée, exposée à tout et à tous ? Elle a un hébergement plus ou moins correct, d’où elle peut aller se baigner, de la Croix rouge ou de Caritas elle reçoit la farine, le sel, le sucre, l’huile et des « approvisionnements » qui vont aux femmes et enfants, mais ne mange pas.




16 août 2022, 174 jour de guerre

Dans la pseudo-république Donetsk, deux Britanniques et un Croate sont enfermés et font objet d’une enquête. Ils sont capturés en tant que défenseurs de Marioupol. Ils étaient volontaires dans la Légion internationale en Ukraine. L’un des Britanniques vit en Ukraine depuis 2018. Je lis que pour eux ne vaut pas la Convention de Genève mais cela ne surprend guère, car sous Poutine a été abolie toute légalité à plus forte raison les conventions internationales. Les volontaires qui du monde entier dans les années trente partaient en Espagne pour se battre pour la République en la sauvant des putschistes militaires est un des moments des plus radieux du vingtième siècle européen, même si cela s’est soldé par la défaite et la trahison interne de la part de l’URSS. Les brigades internationales jusqu’à la fin de leur vie jouissaient d’un grand respect car ils partaient combattre pour la liberté des autres. Ceux qui pour des mêmes raisons rejoignent aujourd’hui la Légion internationale en Ukraine sont régulièrement traités de mercenaires, y compris à l’Occident. On les assimile aux soldats professionnels qui ne posent pas trop de questions pour le solde de qui ils travaillent mais ont leurs tarifs, avec les « chiens de guerre » dont la dénomination leur a été donnée par Frederich Forsyth qui continuellement traitait de telles obscures subcultures, nommant ainsi un de ses romans sur un tueur professionnel - Chacal. Aujourd’hui, les médias du monde libre criminalisent les brigades internationales ukrainiens, même si nous en sommes tous conscients, tout comme les journalistes et les rédacteurs en chef qu’en Ukraine les gens combattent et meurent pour leur liberté. Plus précisément, pour la nôtre. La criminalisation que je suis surgit d’une bonne longue tradition. La Wehrmacht allemande appelait officiellement les partisans des « bandits », pour qu’ils ne soient pas concernés par les moindres règles de guerre, sans parler de la Convention de Genève, et les soldats allemands tuaient non seulement les blessés mais aussi les médecins militaires partisans ainsi que le personnel médical. En Croatie, la langue est empoissonnée et brutalisée au-delà du raisonnable, mais il semblerait que le lexique de la méprise et du dénigrement continue à se propager. Je me rappelle de l’enregistrement dans les rues parisiennes quand Alain Finkielkraut du trottoir regardait la manifestation chaotique des Gilets jaunes, donc du peuple, puis un d’entre eux s’est rapproché et lui a crié au visage : Sale Juif ! Je ne sais pas pourquoi cela me vient à l’esprit au sujet des volontaires-« mercenaires » en Ukraine, mais voilà ça me vient, ce qui me suffit largement pour que sur le clavier, je ne n’appuie pas sur la touche delete, la commande : Elimine !




17 août 2022, 175e jour de guerre

Salman Ruhdie n’est plus sous respirateur et est éveillé pour de bon.


Henry Reese, le philanthrope qui était avec lui sur la scène et « s’en est bien sorti », a de quelque part donné à la BBC une interview d’une durée de quelques minutes. Sous la forte lumière blanche on voit des points de suture sur l’arcade sourcilière et en-dessous sous l’œil le sang coagulé jusqu’à la moitié de la joue. Il est visiblement sous le choc et en convalescence. Pas de sourire, gesticulations, les muscles du visage sont comme engourdis. Il est pâle et répond sans une seule figure rhétorique, métaphore ou allusion. Celui-la ne se remettra pas de sitôt. Il a vu le diable, le massacre, la tuerie d’un homme à un mètre de distance, ça se trouve le sang a giclé sur lui, le gémissement de l’homme qu’on abat il l’a sûrement entendu, sauf si Rushdie n’est pas aussitôt tombé dans les pommes. Il a dit que tout s’est passé dans l’institution qui aux écrivains menacés et persécutés offre un abri sûr et qu’il n’y avait qu’eux qui formaient le public peu nombreux, du coup ils voyaient, j’interprète, une des conséquences de leurs propres situations. Le gouvernement perse a urbi et orbi officiellement annoncé saluer le massacre sur Rushdie.


Le discours public est à l'entière disposition de tous les cynismes et immoralismes. L’État terroriste de Russie rapporte que les explosions dans les installations militaires de ses forces d’occupation à la Crimée sont des actes de terroristes et qu’elle est à la recherche de ces terroristes et les arrête qui plus est. Tandis que le chef principal, M. Vladimir Poutine est en même temps saisi au cœur, car l’Estonie exige qu’on retire les monuments à la gloire de l’armée soviétique en se saisissant de son propre trésor poétique de connaissances et émotions, sur quoi il répond que pour lui il s’agit là d’une guerre contre la mémoire. Le sensible monsieur a ordonné à ce qu’on interdise la fondation du Memorial qui se consacrait à ne pas oublier les victimes de l’époque de Lénine et celle de Staline. Je n’ai aucun doute que ce groupe d’intellectuels russes a été interdit en tant qu’agence étrangère de pouvoirs impérialistes ou comment cela s’appelle déjà en novorusse. Du pacte de l’OTAN, de la CIA, de la ploutocratie juive, du Vatican , du Japon, du MI5 (ou MI6) britannique, du coup plus de Memorial. Je me souviens d’un d’entre-eux, nous avons discuté à une occasion. Ils avaient leur stand avec leurs publications à côté du nôtre où en représentant les éditions Durieux on était avec Feral et le CEEOL de Gabor, Christian et Wolfgang à la Foire de Frankfort, dans le Hall 5.



Traduit par Yves-Alexandre Tripković



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Journal de guerre en Ukraine

de Nenad Popović


est simultanément publié en croate

sur les pages du magazine politique et culturel en ligne Forum TM


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