— Mais c’est quoi cette question ? Mais c’est ma chambre !
— Que représente cette chambre ?
— C’est ma chambre dans laquelle j’ai vécu pendant cinq ans. La propriétaire m’a accompagné jusqu’à la chambre et m’a demandé : Savez-vous qui a vécu dans cette chambre ? Je lui réponds ne pas le savoir, et elle dit : Der grosße Fußballer, le grand footballeur, Ivica Horvat.
— Qu’est-ce qui s’est passé dans cette chambre ? Pourquoi figure t-elle dans cette exposition ?
— Mais c’est quoi cette question !? Tu n’es en rien un critique de la société toi ! Cette question ne doit même pas être posée. Tu ne peux pas demander ce que cette chambre fait ici, ça dépasse pas le niveau de ces fillettes qui exposent des pierres, des planches et quelque feuilles ou ce genre de choses, c’est comme si tu suivais leur direction. L’art actuel n’a aucune valeur. Il est dénué de sens. Il n’est pas critique envers la société, alors qu’il devrait l’être vu que l’époque de la vie actuelle est bien critique, et on voit que les gens peinent à vivre, qu’ils ont du mal a subvenir à leur besoins et on leur donne à voir des bouts de bois ou quelques planches dans des expositions. Voilà l’art contemporain. Alors si toi tu ne saisis pas tout ce que tu as pu voir ici on me posant une telle question c’est que tu n’as pas mûri encore. Tu n'est pas mûr. Qui sait combien d’années il te faudra encore et si au bout du compte tu parviendra à comprendre. Car si toi aussi tu exposes des bouts de bois ou des pierres c’est qu’il te faut continuer à, comment dirai-je, Weiterbilden en allemand…
— S’éduquer.
— …t’éduquer, car autrement tu continuera de poser des mauvaises questions qui n’ont rien à avoir avec cette exposition. C’est une exposition qui pose un regard critique sur la société, unique en Europe, la seule. J’étais le seul qui l’ait fait alors que les autres n’ont rien fait. Et moi je ne peux pas attendre que les gens se développent dans les vingt prochaines années à venir ou même quarante. Moi je dessine ce que je vois pour mon époque, maintenant !, et je critique tous les processus qui parcourent la société. Je ne peux pas attendre que la société mûrisse pendant les cinquante années à venir. Il me faut être en avance, au moins vingt ou quarante ans voir plus, et je ne peux pas me permettre d’être en arrière car celui qui est en retrait ne réussira à faire quoi que ce soit. Celui qui est en avant se doit d’être devant la société pour lui montrer son reflet, et si la société ne le saisit pas alors c’est qu’il lui faut encore cinquante ans de gestation. Sans qu'on sache si elle finira par comprendre.

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