• Marijan Grakalić

Ce qui n'arrivera jamais



Le tremblement de terre a décalé tout ce qui n’arrivera jamais. Les habitants des villages zagrebois contemporains sont essentiellement abandonnés aux scénarios hasardeux pour un temps illimité, même si tout ceci semble maintenant comme une suite légitime de décennies de tragédies du frémissement du sol sous ses propres pieds. Il ne s’agit pas de mettre en cause la science sismologique, mais de constater que le séisme nous paraît être "une vieille connaissance", qui est, tiens, revenue à l’improviste exprimant son mépris envers les affaires et les lieux qui semblaient si immuables.


Le problème n’est pas juste la ville détruite et la détresse décrite par les pittoresques reportages urbains. Il est bien plus vaste dans les perspectives qui subsistaient, et dont la langue et l’apparence sont maintenant surtout traumatiques et insignifiantes. Ramassées juste à la description de la difficulté du quotidien. Le paradigme disparu s’exprime au mieux dans l’exemple de comment dire aujourd’hui: « c’est ce que je souhaite qu’il arrive » et cela, bien entendu, dépasse le simple plan de la ville et ne se niche pas parmi les dégâts palpables ou la police d’assurance. Šenoa a raison disant que le grain doré ne vaut rien si tu le trimballes toujours sur toi, car les maisons que nous avions ont disparus, les rues sont déterrées, et en quoi se transformera tout ce qui reste est tout aussi incertain.


Zagreb certes disparaît depuis belle lurette. Disparaît dans les senteurs, dans le parlé, dans les fruits dorés, souvenirs… L’on pouvait parfois crier qu’on en a assez du crépuscule et qu’il est temps de rentrer chez soi, l’endroit que nous connaissons depuis toujours. Là où existe encore l’espace libre entre les pensées et où rien n’est soumis au soupçon. Alors que maintenant on se demande ce qu’on sait vraiment et si la décision de rester était plus sage que celle de la fuite.


Mais, peut-on après tout fuir de soi-même, de Zagreb ?


Je le rêve tel qu’il était subconsciemment n’adhérant pas à la dictature du concret. Là parmi mes vignes, dans l’optique intérieure, il continue de préserver cette vision d’une réalité familière. Lieu rare dans le monde où le cœur avant la raison se remettra de l’adversité. Une autre affaire sont les aspirations vers quelque chose où l’on peut disparaître avant même que cela se réalise. Qu’en sera-t-il ? Le tremblement de terre a changé tout ce qui n’arrivera jamais.





Le séisme


Seuls dans la chambre, séisme, ombres

le lit et moi, partageons ces moments,

incertains, dangereux voire intimes,

pendant que la maison tremble comme une femme,

et les tuiles orchestrent les gémissements du toit.

C’est la terre qui se joue de son et mon

corps, du mur blanc et de l’âme

dans l’abîme enchainée, elle voudrait équilibrer

les forces internes, crispant les morts et les vivants.




traduit par

Yves-Alexandre Tripković






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