Le président Milanović manque son but
- Nenad Popović

- il y a 2 jours
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Le défilé militaire se déroulant tous les ans le 14 juillet sur l'Avenue des Champs-Élysées à Paris n'est pas l'expression du militarisme. Toutes les branches de l'armée française envoient leurs détachements militaires à défiler devant le président de la République française. Ainsi, ils confirment tous les ans d'une manière visible être les forces défensives de la République, et leur défilé se déroule sous le regard de son président qu'ils saluent en tant que tel. Le président français est un civil, citoyen élu des électeurs, du peuple, au suffrage universel direct. Il incarne ainsi la république et son principe de la liberté et de l'égalité. Et tous les ans l'armée le salue symboliquement.
Le fait que le président en soit aussi le commandant en chef et d'une importance secondaire et cela justement et tout particulièrement le 14 juillet. Si quelque chose est en France non-militaire et non-militariste, alors c'est justement ce défilé-là. D'ailleurs, il ne se déroule pas devant la tribune présidentielle, encore moins sous celle-ci, mais tout au long d'un itinéraire long d'un kilomètre devant le peuple, qui vient spontanément. La disponibilité de l'armée en tant que force défensive qui en fait la démonstration se rapporte à un événement d'il y a 250 ans, lorsque les soldats français avaient défendu la république de l'agression de la coalition des pays qui en l'occupant voulaient renverser son ordre social et étaient des monarchies autocratiques. Les forces françaises étaient alors plus de la milice improvisée qu'une armée, les sacrifices étaient immenses, telles qu'elles étaient elles n'ont pas réussi à se défendre du typhus – c'était une armée de fiévreux – mais elles ont bel et bien défendu la république, à Valmy en 1792.
Non moins symboliquement républicain est tout autant le défilé incluant la Bastille et l'Arc de Triomphe. En 1789 les citoyens ont pris cette forteresse militaire, le bastion, ce qui mena à la victoire de la révolution. Il a de suite été transformé en prison pour ses opposants, puis détruit. Face au président français, qui qu'il soit, et peu importent ses orientations politiques, l'armée reste dans son rôle. Le général Charles de Gaulle, lorsqu'il fut élu président en 1959 avait comme point crucial de son programme de reconnaître l'indépendance de l'Algérie, ce qu'il réalisa, mais à failli le payer de sa vie dans l'attentat mis sur pied par un groupe de généraux-militaristes. Ceux-là ont été arrêtés par leurs collègues généraux républicains et emmenés dans la prison militaire de haute sécurité pas loin de la petite ville Tulle dans la France profonde.
Dans ses nuances, le design du défilé accentue politiquement des choses. Le Président François Mitterrand avait fait l'impensable, invitant en 1989 l'armée allemande, l'ennemi historique n° 1, à défiler avec l'armée française sur les Champs-Élysées, ce qui fut le début de ce qui se passe également cette année sous Emmanuel Macron, tout comme lors de son prédécesseur François Hollande, d'ailleurs originaire de Tulle. Le défilé des armées de l'UE et d'autres pays européens est l'élargissement du principe français sur tous ceux qui activement défendent la démocratie parlementaire.
La doctrine de l'État français est qu'en Ukraine soit défendu l'ordre social choisi par les citoyens libres, et le terme de "la coalition des volontaires" en est une des plus fortes expressions : c'est-à-dire la volonté de défendre. C'est quelque chose qui est chez nous oh combien compréhensible, donc l'absence de notre armée serait une honte morale multiple : toutes nos victoires militaires étaient défensives et au nom de l'autodétermination.
Lorsque le président français est venu en Croatie, le seul endroit qu'il a visité était le Monument aux défenseurs croates, un arc de triomphe d'ailleurs, génialement interprété par l'architecte Nenad Fabijanić. Par la volonté politique de Zoran Milanović, la Croatie pourrait – ce 14 juillet à Paris –, en belle métaphore footbalistique, manquer son but, de loin.
traduit par Yves-Alexandre Tripković
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