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Helena Klakočar : El Shatt. Fragments


Helena Klakočar

El Shatt. Fragmenti

Um. org. JAVNI PROSTOR

2023, Zagreb







Six membres de ma famille du côté de ma mère étaient pendant la Seconde Guerre mondiale dans le refuge d'El Shatt¹. J'ai grandi avec les histoires de ma mère dans le camp de réfugiés au plein milieu du désert.

L'idée d'en faire quelque chose au sujet de ce refuge m'accompagne depuis 2005, mais je ne savais pas d'où commencer. En 2007, il y avait une exposition à Zagreb sur El Shatt avec son catalogue exhaustif contenant d'innombrables informations factuelles sur cet événement historique.

En 2018, en travaillant sur le livre Le Mur Méditerranée (éditeur Vedis) j'ai compris que la méthode du travail à travers les entretiens lors desquels il m'arrive de même croquer ce qui a été dit correspond tout autant pour l'histoire sur El Shatt. Je me suis rendue compte qu'il ne fallait plus tarder car huit décennies se sont écoulées et bientôt ceux qui se souviennent de cette époque auront disparus. Je cherchais les participants qui à cette époque avaient au moins dix ans.

J'ai lue tout ce qui pouvait être trouvé dans les bibliothèques, mais ça ne m’intéressait pas d'illustrer ces histoire déjà écrites. Sur internet j'ai trouvé l'archive de photographies de la bibliothèque du Congrès à Washington D.C. D'une grade aide m'a été aussi la thèse de l'universitaire Mateo Bratanić Les refuges croates en Egypte 1943-1946.

Le protagoniste du livre sur El Shatt est le frère de ma mère, journaliste et écrivain Gojko Borić qui vit à Cologne.

Personne parmi les participants ne pouvait être préparé au séjour à El Shatt. 30.000 personnes se sont lancés dans un périple de deux à trois semaines, et personne n'était conscient qu'ils allaient si loin et pour une période de deux ans. Après avoir passé quelques semaines en Italie et suite à une dangereuse traversée sur la Méditerranée, ils ont ressentis une grande déception en se rendant compte que le désert allait être leur demeure. Mais ils ont tout de même repris leurs esprits et se sont mis à monter les tentes. Ils ont commencés à façonner leurs vies malgré les effrayantes conditions : terribles canicules le jour, basses températures la nuit et d'impitoyables tempêtes du désert.

Le roman graphique El Shatt. Fragments, Le Mur Méditerranée et Passage en douce 1 et 2 racontent tous le refuge. Pourquoi je reviens à ce sujet ?

Je voulais transmettre les souvenirs et les émotions de ces personnes : la peur, l'incertitude, la déception, mais aussi l'acceptation, la naissance d'une force nouvelle et de l'enthousiasme.

Y a t-il un sens à vouloir décrire quelque chose d'aussi affreux qu'est la guerre et la souffrance des petits gens dans cette guerre ?

La guerre est un grand mécanisme qui tue la population innocente et transforme les gens heureux en malheureux et réfugiés.

Analysant notre incapacité dans la lutte contre un mécanisme tellement grand, omniprésent, intemporel et supérieur, peut-être que nous aussi nous pouvons trouver l'issue de notre impuissance tout comme ces participants du refuge dans le désert avaient trouvés la force pour s'adapter à la vie du désert. Cette force est égale à la force nécessaire aux réfugiés pour franchir le mur invisible au milieu de la Méditerranée dans leurs bateaux démolis. Se rappeler de cette force intérieure donne l'espoir qu'un jour viendra le moment où il sera inutile, en risquant sa propre vie, de fuir la machine de guerre.



traduit par

Yves-Alexandre Tripković



¹ L'El Shatt était un complexe de camps de réfugiés de la Seconde Guerre mondiale dans le désert de la péninsule du Sinaï en Égypte, établi au début de 1944. La région de Dalmatie a été évacuée par les Alliés, après la capitulation italienne de septembre 1943 et avant une invasion allemande.


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Šestero članova moje obitelji s majčine strane je za vrijeme II. svjetskog rata bilo u zbjegu u El Shattu. Odrasla sam s majčinim pričama o životu u kampu usred pustinje.

Od 2005. sam se bavila idejom da nešto napravim na temu tog zbjega, ali nisam znala kako započeti. Godine 2007. u Zagrebu je bila izložba o El Shattu s vrlo iscrpnim katalogom koji je sadržavao niz faktografskih podataka vezanih uz taj povijesni događaj.

2018. sam pri radu na knjizi Zid Mediteran (nakladnik Vedis) shvatila da mi metoda rada kroz razgovore u kojima čak skiciram rečeno odgovara i za priču o El Shattu. Uvidjela sam da je zadnji čas jer prošlo je 80 godina i uskoro neće više biti onih koji se sjećaju tog vremena. Tražila sam sudionike koji su u to doba imali najmanje deset godina.

Pročitala sam sve što se moglo naći u knjižnicama, ali nisam željela ilustrirati niti jednu od tih već napisanih priča. Na internetu sam našla arhivu fotografija koja se nalazi u Kongresnoj knjižnici u Washingtonu D.C.. Puno mi je pomogla i doktorska radnja mr. sc. Matea Bratanića Hrvatski zbjegovi u Egipat 1943.-1946.

Glavni junak knjige o El Shattu je majčin brat, novinar i pisac Gojko Borić koji živi u Kölnu.

Na boravak u El Shattu nitko od sudionika nije mogao biti pripremljen. 30. 000 ljudi je krenulo na put od dva-tri tjedna i nitko nije znao da odlaze tako daleko i na period od dvije godine. Nakon što su proveli nekoliko mjeseci po Italiji i nakon opasne plovidbe Mediteranom, doživjeli su veliko razočaranje kad su shvatili da će pustinja biti njihov dom. Ali unatoč tome su se sabrali i krenuli postavljati šatore. Započeli su oblikovati svoj život usprkos strašnim uvjetima: velikim vrućinama danju, niskim temperaturama noću i nemilosrdnim pustinjskim olujama.

Grafički romani El Shatt / fragmenti, Zid Mediteran i Nemirno more 1 i 2 svi govore o izbjeglištvu. Zašto se vraćam toj temi?

Željela sam prenijeti sjećanja i osjećaje tih ljudi: strah, neizvjesnost, razočaranje, ali i prihvaćanje, buđenje nove snage i entuzijazma.

Ima li smisla opisivati tako nešto strašno kao što je rat i stradanja malih ljudi u njemu?

Rat je jedan veliki mehanizam koji ubija nedužno stanovništvo te sretne ljude pretvara u nesretnike i izbjeglice.

Analizirajući našu nesposobnost u borbi protiv tako velikog, sveprisutnog, svevremenskog i nadmoćnog mehanizma, možda i mi možemo pronaći izlaz iz naše nemoći kao što su sudionici zbjega u pustinju pronašli snagu za prilagođavanje pustinjskom životu. Ta snaga je jednaka snazi koja je potrebna izbjeglicama da u raspadnutim brodovima preskoče nevidljivi zid usred Mediterana. Podsjećanje na tu unutrašnju snagu ulijeva nadu da će jednog dana nastupiti vrijeme kad će biti nepotrebno, riskirajući vlastiti život, bježati pred ratnim strojem.



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Exposition de Helena Klakočar à HLUL, Split





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Helena Klakočar (1958) est une artiste visuelle croate principalement connue pour ses bandes dessinées. Elle réside depuis 1992 aux pays-Bas. Son œuvre Passage en douce : carnet d'errance est une bande dessinée en noir et blanc de la Croate Helena Klakočar qui raconte ses voyages en Europe, avec son conjoint et leur enfant, tandis que la guerre fait rage. Cette bande dessinée en noir et blanc, parue en 1999 chez Fréon au format « à l'italienne », remporte le Fauve d'or du meilleur album étranger au festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2000 ainsi que le prix France Info de la bande dessinée d'actualité et de reportage.




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