En regardant Minneapolis
- Nenad Popović
- il y a 9 minutes
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Je regarde les rapports de Minneapolis où une formation paramilitaire fédérale, intouchable car au-dessus des lois de l'État de Minnesota, terrorise la ville. Kidnappe les gens, débarque dans les appartements, extrait des voitures, dépêche les capturés dans des camps de rassemblement qu'on nomme « centres de détention ». Puis, face aux caméras des gens rassemblés, en plein jour tue les civils, déjà deux en à peine trois semaines. Vu qu'elle est recrutée parmi les chômeurs, personnes en situations de précarité, défaillants dans leurs professions, socialement et psychologiquement instables, anciens détenus, voyous etc., toute cette cohorte ainsi que sa positions au sein de la structure de la démocratie parlementaire des États Unis est comparée à la Gestapo de l'époque hitlérienne en Allemagne. Lui et sa section d'assaut SA pour Sturmabteilung étaient cette combinaison paradoxale du gouvernemental et illégal.

Ce sont les Américains eux-mêmes qui tirent le parallèle avec la Gestapo. La structure du régime nazi en Allemagne d'il y a pratiquement cent ans est ainsi donc là-bas si notoire que c'en est un lieu commun. C'est juste qu'ils confondent quelque peu la Gestapo, la police politique, et la SA, la section d'assaut, à laquelle les unités paramilitaires dans les USA de Trump ressemblent plus, de par la composition, uniformes et fonction. Tandis que la Gestapo était formellement la police politique assurant la protection de l'État (dont disposent tout les pays), la SA ouvertement terrorisait la société et ses groupes sociaux. Gregory Bovino, le commandant de l'actuelle para-armée américaine est dans ce sens très précis. Il porte sa ceinture en diagonale de l'épaule jusqu'à la taille par dessus sa chemise, l'insigne de toutes les insignes de la SA : le nazi qui tabasse dans la rue. Alors que les membres de la Gestapo étaient en civil, leurs signe de reconnaissance étaient de longs manteau en cuir. Cela dit, avec la Gestapo l'essence y est. Les unités qui terrorisent Minneapolis sont directement attachées à l'État vu que ICE est la force frontalière nationale, l'État les finance officiellement, les dirige.
La reconnaissance éclair qu'il s'agit de la Gestapo réhabilitée sur le sol américain, nous le devons aux intellectuels. Ils ont écrits d'innombrables livres et études sur le nazisme, et les écrivains un tas de romans, et je suis quasi sûr qu'au lycée ils apprennent ce qu'est le nazisme. Pourtant, en regardant les manifestations civils à Minneapolis, on ne les voit nul part les intellectuels et ne sont pas cités en tant que participants des protestations, orateurs ou autres. C'est lorsque les agneaux se taisent, syntagme de plus en plus significatif alors que ce n'est « que » le titre du film Le Silence des agneaux. Titre qu'on pourrait comparer de par sa puissance avec le titre du roman Guerre et Paix du 19e siècle. Juste avant l'abattage, les agneaux se taisent, et lorsqu'il a lieu, les agneaux hurlent. Les intellectuels ne hurlent pas dans les rues de Minneapolis, ne hurlent pas et ne se débattent pas, en tout cas moi je ne les vois pas, en regardant Minneapolis. Là-bas, sur place, cela n'est peut-être pas si important que ça, sauf qu'à moi ce détail compte. Je suis de la génération, « d'un monde » comme on dit, dont les héros sont Bertha von Suttner, Alfred Döblin, Marc Bloch, George Orwell, Ognjen Prica et Klaus et Erika Mann. Je vais au café La Résistance ouvert par un célèbre journaliste radio, en leur honneur pour ainsi dire.
traduit par Yves-Alexandre Tripković
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