• Predrag Ličina

La gadoue à l'aurore












« La Croatie sera un des pays les plus développés au monde. »

La Présidente de la République de Croatie

« Il est plus probable que la Terre s’arrête de tourner plutôt que la Croatie devienne le pays le plus développé au monde. » Groupe de citoyens


La vie à la campagne croate Floppy joue au football sur la PlayStation assise avec ses jambes au cou, appuyée sur les genoux, au bord du tapis du salon entre le canapé convertible bleu-gris et la table basse remplie de verres et de tasses, menant Liverpool vers la victoire contre Manchester United d’un score élevé de 4 : 0, lorsque Sultan fait irruption de la terrasse et la regarde significativement, l’index de la main droite levé à la hauteur de son œil droit, marquant une pause dramatique. « Je pense avoir une idée brillante, mais j’ai besoin de ton aide d’experte ! » « Attends que j’aie terminé. » Floppy ne le regarde même pas. C’était trop risqué de détourner le regard de l’écran et du match. « Fais une pause. Je pense qu’on tient un hit ! » « Ne me force pas à faire une pause car je suis on-line. Ce n’est pas poli envers l’adversaire de la lointaine et amicale Nouvelle-Zélande. » « Ce type ne devrait-il pas déjà dormir ? » « Comment sais-tu que c’est un homme ? » « Quand tu l’as mentionné, tu t’es exprimée au masculin. » « Mon petit futé… » Floppy continuait de parler à Sultan sans le regarder. Sultan réfléchit brièvement. « Hmm… Si chez nous il est treize heures, quelle heure est-il là-bas ? Quelle est le décalage horaire ? Dix, quinze, vingt, cinquante ? » « Je pense que c’est onze, mais je te recommande de te servir de Google. » Sultan sort le portable et très vite apprend quel est le décalage horaire avec la Nouvelle-Zélande. « Effectivement, onze heures de différence. Qu’est-ce que t’es intelligente, Floppy ! » Floppy pose enfin son regard satisfait sur Sultan, mais cette fraction de seconde avait suffi à lui faire perdre le ballon au milieu du terrain et à ce que les joueurs du Manchester United, c’est-à-dire ce type de la Nouvelle-Zélande, engage une fulgurante contre-attaque. « Non ! Non ! Non ! » criait-elle en panique, par des mouvements fulgurants des doigts tentant de mettre fin à la progression de plus en plus dangereuse. Quelques instants plus tard, Floppy encaissa effectivement un but, ce qui la rendit bien malheureuse. « Et bah voilà, Sultan ! Ne me déconcentre pas, mon amour unique ! Si je vainc à nouveau Nigel de Hamilton en Nouvelle-Zélande, ça sera ma troisième victoire consécutive sur ce tournoi incroyablement épuisant et coriace. » « Mais il est deux heures du mat là-bas. Nigel de Hamilton ne devrait-il pas dormir à cette heure-ci ? » « Sultan, s’il te plaît, patiente encore deux minutes, le temps de finir le match. » « Je pense que tu t’excites sur Nigel de Hamilton ! » « Nigel de Hamilton a douze ans ! » « C’est donc comme ça que tu gagnes, hein Floppy ? Tu exploites l’épuisement du pauvre gosse ? Ses parents te tueront une fois, qu’à cause de toi, il aura relâché son attention à l’école ! » « Sultan, quitte la pièce, je t’en conjure ! » Floppy était résolue. Sultan retourna sur la terrasse avec toiture de la maison secondaire des parents de Floppy se trouvant sur la partie droite de l’île de Krk. Sultan dirigea son regard vers la plus grande île croate, Cres, mais celle-ci n’était pas vraiment visible car la pluie tombait depuis quatre jours, ce qui était plutôt inhabituelle pour un début d’août. L’apparence de Sultan était toute autre que celle des associations qu’aurait pu éveiller son surnom. Aux cheveux blonds et aux yeux bleus, haut de 189 cm, un surnom scandinave du genre Erik, Tor, Viking, Saab ou Volvo lui siérait mieux. C’est Floppy qui l’a nommé ainsi quatre ans auparavant, lors de leur premier rendez-vous, quand elle a appris que Sultan était né en Turquie pendant que son père était l’employé de l’ambassade à Ankara. Sultan ne lui a pas rendu la pareille en lui assignant un surnom, même si Floppy ne sonne pas comme l’aurait fait un véritable prénom. C’est son père qui l’a nommée ainsi, car elle est née à l’époque où la disquette floppy était le couronnement de la mémoire externe des ordinateurs et semblables appareils. Son père était le champion pluriannuel du fameux quiz télévisé Le Sommet des Dieux, un homme d’une mémoire incroyable dont la fille se devait d’hériter de sa capacité cérébrale. Le cerveau de Floppy est véritablement devenu l’organe d’une immense capacité de mémoire, surtout dans le domaine du sport, avec une prédominance sur le football. Floppy désirait terriblement devenir commentatrice sportive à la télévision et était étudiante en deuxième année de journalisme. Elle était parmi les meilleurs étudiants de sa génération, et certains affirmaient également qu’elle est aussi la plus belle en la comparant avec Natalie Portman, juste que sa peau était quelque peu plus foncée et que ses seins étaient bien plus généreux que ceux de la fameuse actrice. Sultan étudiait la dramaturgie, lui aussi en deuxième année. Pendant ces jours pluvieux, il tentait de concevoir un scénario pour la série télévisée sur le thème de La Vie à la campagne croate dans le cadre du concours lancé par la télévision nationale. Il semblait avoir finalement trouvé l’idée pour son projet. Légèrement trempé, il crachotait paresseusement de la terrasse, les coudes appuyés sur la balustrade en attendant que Floppy termine enfin son match sur la PlayStation. Du salon, résonna enfin le cri d’enchantement à la suite duquel Floppy prononça, d’une voix d’un sérieux commentateur sportif, quelques mots sur le match qui venait de prendre fin. « C’est la plus grande défaite que Manchester United ait subi contre Liverpool sur Old Trafford dans l’histoire des rencontres mutuelles des deux clubs anglais au plus grand nombre de trophées… » Sultan retourne dans la chambre coupant sa phrase. « Alors ? » Floppy le regarde avec sérieux en s’adressant à lui d’une voix d’un journaliste professionnel de télévision. « 7-1 ! Même si l’espace d’un instant il semblait que les joueurs de United pouvaient revenir dans le match, les joueurs de Liverpool punissaient quasiment toutes leurs fautes, ayant tout misé sur l’attaque. Les buts pour Liverpool ont été marqués par… » Plutôt impatient, Sultan l’interrompit. « C’est bon, Floppy ! Vas-y, s’il te plaît, laisse-moi enfin exposer ma vision. » « Parle ! » Sultan s’assoit sur le canapé auprès d’elle et aspire profondément. « J’ai une idée pour le concours ! » « La vie à la campagne croate — est-ce possible sans que cela soit ennuyeux et arriéré ? » Floppy monte sur le canapé, s’assoit à la turque et se tourne vers Sultan. Sultan imite ses mouvements en s’asseyant lui-même en position « turque » et se tourne vers Floppy. Puis, se concentre et commence enfin sa présentation. « C’est bon. Écoute-moi bien. Comment s’appelait déjà ce club de foot d’une ligue mineure qu’il y a longtemps un oligarque avait acheté, rachetant ensuite tous les meilleurs joueurs et participant en peu de temps à un superbe tournoi ? » « Anji Makhatchkala de Makhatchkala en Daghestan, république de la Fédération Russe au Caucase du nord — ils étaient en Ligue Europe. Samuel Eto et Roberto Carlos jouaient pour eux. Le propriétaire s’appelle… » « C’est bon ça, c’est bon ! J’aurais besoin de ces informations plus tard » l’interrompt Sultan en poursuivant : « Donc, mon histoire est très semblable. Nous avons quatre personnages incroyablement riches : un Russe, un Amerloc, un Arabe et un Juif, ne sachant que faire de tout leur argent. Par pur ennui, ils décident d’investir des milliards et des milliards de dollars dans la fondation d’un club de football dans lequel ils comptent amener les meilleurs joueurs du monde, et ce sont ? » Floppy, sans hésiter : « Messi, Ronaldo, Robben, Salah, Ibrahimović, Pogba… » Sultan l’interrompt à nouveau : « C’est ça, c’est bon ça, c’est bon ! Sur ce point, j’aurais besoin plus tard de ton aide pour la caractérisation des personnages principaux. » Vu son expression, on ne dirait pas que Floppy ait tout à fait compris cette phrase de Sultan. Il poursuivit son exposé. « Ainsi, les quatre se retrouvent chez l’Amerloc dans sa villa aux Bahamas, mais peinent à se mettre d’accord sur quel club acheter. L’Amerloc veut un club américain, le Russe veut un club russe, l’Arabe un club arabe et le Juif un club juif, c’est-à-dire israélite. Du coup, ils conviennent de faire tourner le globe en y balançant une fléchette — là où la fléchette se plantera c’est là qu’ils achèteront le club de football local en le rendant le meilleur club de tous les temps. Écoute maintenant ! La fléchette se plante en Croatie — dans un village s’appelant Paukovac et dont la ville la plus proche est Dvor ! » « LE Dvor ? Précisément à 120 kilomètres sous Zagreb, à la frontière avec la Bosnie — Dvor sur Una ? » « Oui. » « Ça me plaît ça ! Et alors ? » « Dans la ville existe déjà le club de football, il s’appelle ŠNK Podovi Dvor et évolue dans une ligue mineure du comté. Nos quatre personnages achètent carrément le club, et dans le village Paukovac dans lequel la fléchette s’est plantée construisent un stade pour 50.000 spectateurs — ils démarrent de suite avec la supposition que le club deviendra grand ! Puis, dans la proximité construisent aussi un immense camp d’entraînement et des tas de villas dans lesquelles vivront les joueurs qu’ils comptent acheter pour des milliards et des milliards de dollars. Peu après, au village arrivent vraiment les meilleurs joueurs, ceux que tu as mentionnés tout à l’heure. » « Messi, Ronaldo… » Floppy reprend l’énumération, mais, impatient, Sultan l’interrompt à nouveau. « Nous reviendrons à eux, laisse-moi juste t’expliquer la trame. Donc, lorsque tous ces joueurs arriveront, la population locale — contrairement à toutes les attentes — ne s’est pas du tout réjouie de cette nouvelle situation, car ils se voient bousillés leur tranquillité habituelle. Surtout lorsque dans la proximité du village, ils construisent l’aéroport pour les besoins des avions privés des stars de football qui, sans arrêt volent par-ci par-là. L’entraînement terminé, chacun s’envole dans son avion pour Londres, Paris, Madrid, revenant tôt à l’aube à l’entraînement, à nouveau avec un vacarme insoutenable des moteurs d’avions. Ce dont j’ai besoin maintenant, ce sont les caractéristiques physiques et psychologiques de ces grandes vedettes de football, ce qui me permettra de construire les relations tendues entre la population locale et les joueurs. « Floppy se retourne vers la terrasse. La pluie continuait de tomber. Puis se lève brusquement, fait quelques pas, s’arrête et se retourne vers Sultan avec une expression au visage du genre « maintenant, écoute-moi bien ». « Tiens, Messi, par exemple. Concernant sa caractérisation psychologique, c’est un grand gentil. Physiquement — il est d’une bien petite taille. » « Parfait, les paysans peuvent se moquer de lui en le traitant de nain : "Hey, Messi, elle est où Blanche-Neige ? Hey, Messi, t’es tombé bien bas !" C’est le genre de choses qu’il me faut — tu piges ? Les paysans doivent avoir recours aux coups bas, car ceux-là les énervent grave, surtout parce qu’ils sont anormalement riches. Et en plus, ils ont ces avions avec lesquels ils arrivent et repartent jour après jour créant un vacarme insupportable. » « Je pige ! » Floppy était plutôt satisfaite de l’idée de Sultan. Elle s’est mise de suite à poursuivre sa réflexion faisant un saut jusqu’à la porte de la terrasse qu’elle referma, car le vent avait soufflé dirigeant la pluie jusqu’au salon. « Tiens ! Ronaldo est souvent très égoïste. » « Alors probablement qu’il est aussi radin. » « C’est possible. » Sultan se mit à réfléchir, puis eût une idée. « Je sais ! » Il sort son portable et dans l’application des cartes ouvre celle de la Croatie.

« Regarde, en face de Dvor se trouve cette ville Novi Grad. L’avare Ronaldo peut aller en face en Bosnie chercher la boisson et les cigarettes, vu que là-bas c’est moins cher ! » « Excellent ! Les paysans peuvent aussi lui jeter de la monnaie comme s’il était un pauvre misérable et l’appeler Le Gitan. » Floppy revient au milieu du salon, juste en-dessous de la lampe blanche d’un design minimaliste scandinave rappelant une bouteille tressée puis sciée. Si la lumière avait été allumée, la scène aurait été théâtrale. Floppy dans le faisceau de lumière. « Génial ! Continue ! » « Zlatan Ibrahimović… Hmm… Il est très grand et d’origine bosniaque. Il a aussi une ridicule coupe de cheveux. » « Il aurait suffi qu’il soit Bosniaque ! Faut frapper bas, tu piges ? Y aurait-il un bon noir ? » « Pogba ! » « Devant sa villa, les paysans peuvent brûler une croix habillés en uniformes du KKK ! », la flamme de la croix brûlante brilla dans ses yeux. « Hahahaha ! Quel chef-d’œuvre ! » « Y aurait-il un bon Juif ? » Floppy réfléchit brièvement. « Il y avait cet Argentin Walter Samuel, mais lui ne joue plus. » « Il pourrait être l’entraîneur ! » « Pourquoi pas ! Je n’ai même pas envie d’imaginer ce que les paysans pourraient lui faire à lui. » « Non, tu n’as pas envie ! » Floppy regarde Sultan, retire le T-shirt sous lequel elle ne portait pas de soutien-gorge. « Sultan, l’idée est tellement bonne que je suis excitée sexuellement » dit-elle en s’approchant sensuellement jusqu’au canapé pour s’assoir à côté de Sultan. Sultan se mit à lui embrasser les seins, puis lui embrasse le ventre, ensuite l’entrejambe. S’en est suivi un sexe passionnant. Floppy aimait que Sultan lui parle pendant le sexe. « Alors, que se passe-t-il ensuite ? » « Tout fout le camp. Les joueurs ne pouvaient plus supporter toutes ces horribles injures des locaux, ils ont mis fin aux contrats et se sont enfuis loin du village Paukovac. » « Quels étaient les dégâââââts ? » « Des milliaaaaards. Les joueurs ont fait faillite, car le tribunal les a assénés de ne pas avoir respecté le contrat, et ils sont tous, petit à petit, morts de faim. » « Et qu’est-ce qui se passaaah ensuite ? Avec le stade, le camp et les villas, les joueurs ? » « Les paysans ont brûlé tout ça, pour que ça ne leur rappelle pas le triste passé. » « Est-ce que je vais être au générique ? » « En tant que collaboraaahtrice experte ! » « J’aime être la collaboraaahtrice experte ! » Floppy et Sultan jouissaient tellement qu’ils n’avaient pas remarqué que la maison secondaire avec tous ses meubles et objets tremblait comme si elle subissait une légère attaque épileptique. Ils n’avaient pas entendu le verre tomber de la table, en se brisant sur les carreaux en céramique. Juste au moment où Floppy jouissait d’orgasmes multiples, elle et Sultan furent catapultés du canapé comme si quelqu’un avait retourné le canapé en le remettant en place aussitôt. Ou comme si, par exemple, quelqu’un avait freiné brusquement en voiture alors qu’ils n’avaient pas été attachés étant propulsés en avant vers le pare-brise. Malgré cet événement inhabituel, Floppy chevaucha Sultan allongé par terre et finalisa son orgasme, pendant que la maison s’accordant à son rythme cessait de trembler tout doucement. Après le sexe, Floppy se leva aussitôt et alluma le téléviseur sur lequel débutait juste le flash infos « COLLISION À CAUSE DU RALENTISSEMENT DU GLOBE TERRESTRE — 20e partie » était écrit sur l’écran. Dans le cadre apparut ensuite la Présidente de la République qui passait ses vacances en Argentine s’adonnant au ski, dans la station de ski mondaine Cerro Castor en Terre de feu. Elle était vêtue d’un uniforme sportif de la sélection croate de ski, et sur la tête portait le casque dont la partie de devant arborait l’emblème croate. Au-dessus de l’emblème était accroché une caméra GoPro. Le fameux journaliste expérimenté de soixante-dix ans Belizar Anić, qui quasiment jamais ne se séparait de la Présidente, avait lui aussi sur son casque la caméra GoPro, du coup la télétransmission mixait les questions du journaliste avec les réponses de la Présidente par le biais de leurs deux caméras. « Chère Présidente, où étiez-vous pendant le, disons jubilaire, vingtième ralentissement de notre planète ? » Les lunettes de Belizar étaient complètement brumeuses, ce qui empêchait de voir ses yeux. Le journaliste saisit l’occasion et les essuya pendant que la Présidente répondait. « Heureusement, je n’étais pas sur la piste, mais à côté. J’avais, sur la terrasse du lieu de la villégiature au bord de la piste, une réunion avec nos expatriés vivant en Terre de feu. » « Comment vont-ils ? » « Heureusement, personne n’a été blessé. » « Qu’avez-vous ressenti pendant le ralentissement ? » « Heureusement, cela n’était pas aussi brusque et puissant comme il y a trois semaines lorsque j’ai gagné une blessure à la tête. Mais à ce moment-là, tout comme maintenant, je ne pensais qu’à mon pays — la Croatie ! » « Aux expatriés, cela avait aussi été la première pensée, n’est-ce pas ? » « Évidemment ! Nombreux parmi eux veulent retourner dans leur patrie. » « Que souhaitez-vous livrer aux hommes et femmes Croates, vivant dans le pays et ceux étant en émigration ? » « Restez courageux, mes chers, Dieu est avec nous ! » « Quels sont vos plans pour la suite dans le cadre de vos vacances estivales sudaméricaines ? » « Je visiterai demain nos émigrés au Chili, puis j’irai en Antarctique. » « En Antarctique ? » Belizar n’avait pas joué son étonnement avec assez de conviction, tout en remettant sa longue chevelure blanche qui surgissait sous le casque et que le vent dirigeait vers sa bouche. « Jusqu’à l’Antarctique il n’y a que 2500 kilomètres d’ici ! J’ai quelques importantes réunions là-bas lors desquelles nous étudierons les moyens pour renforcer la collaboration entre la Croatie et l’Antarctique dans le domaine de l’import-export. » « Bon courage ! » « Salutations à tous les hommes et femmes Croates dans la patrie et hors d’elle ! » dit la présidente et descend sur ses skis la montagne illuminée par le soleil matinal. Le journaliste démonte sa caméra du casque, dirige l’objectif vers sa tête et s’adresse aux spectateurs. « Rares sont les hommes et femmes d’État au monde qui à chaque instant se consacrent à la promotion de leur pays, même en étant en vacances. Heureux est le pays et heureux est le peuple qui a une telle présidente. » Les lunettes de Belizar s’embrumèrent à nouveau, mais sans main libre pour les essuyer, il les retira alors en fixant significativement la caméra tout en poussant du doigt de la même main le casque au niveau de l’oreille. « Tenez, on vient de m’informer que notre planète a ralenti de 12 km/h supplémentaires dans sa rotation autour du Soleil et de 8 km/h supplémentaires dans sa rotation autour de son axe ! » Ensuite Belizar retourne la caméra en montrant le plan général de la scintillante piste de ski. « Vous voyez, là-bas les gens sont tombé du remonte-pente pendant le ralentissement. J’espère qu’il n’y a pas de morts. Si jamais un Croate a succombé, nous vous en ferons part dans les prochaines nouvelles. Nous retournons au studio. » Dans le cadre apparaît le présentateur en s’adressant aux spectateurs. « Nous revenons bientôt avec des nouvelles informations sur le ralentissement de notre planète. Et maintenant, voyons le reportage sur la dernière phase de la construction de la nouvelle église à Benkovac en présence du maire, Monsieur… » Floppy éteint le téléviseur et l’air inquiète, regarde Sultan. Pendant un temps, ils ne faisaient que se regarder, puis Sultan parla enfin. « Écrivons ce scénario. » « Allons-y ! » « Il faut trouver un bon titre ! » « Il le faut ! » Bonjour nocturne ! Jusqu’à l’automne tardif, la Terre avait ralenti sa rotation autour du Soleil et autour de son axe de quatorze fois, et personne ne savait pourquoi ceci arrivait et quand cet enfer d’incertitude allait prendre fin. Une journée en Croatie durait maintenant deux jours, et une nuit six jours, c’est-à-dire six nuits. Au peuple croate qui a souffert, et qui aimait le soleil plus que n’importe quoi, s’est adressée aujourd’hui à nouveau, par le biais de la télétransmission, la présidente qui huit jours auparavant est partie pour un voyage officiel en Australie. Elle se tenait en maillot de bain sur la plage de sable à proximité de Sydney, avec les expats croates portant le maillot de foot à damier de leur patrie. La présidente était habillée en combi moulante de HPS ce qui est l’abréviation de Hrvatski plivački savez, l’Association croate de natation — comme à son habitude, elle assurait la promotion de sa patrie. Le soleil était justement en train de se coucher dans l’océan Pacifique, souffletait une douce brise d’un printemps tardif. Bien entendu, en compagnie de la présidente se trouvait aussi le journaliste Belizar Anić dont les longs cheveux blancs ondulaient dans le vent. Il avait enfilé un long short de surf et, sur la partie supérieure de son corps, portait un T-shirt touristique bon marché avec le motif d’un kangourou surfant sur les vagues et lançant le boomerang. « Chère présidente, comment se déroule votre visite officielle en Australie ? » « Bonjour à tous en Croatie, ma patrie adorée. » « Excusez-moi, juste un instant, Madame la présidente » l’interrompt l’animateur poussant la petite oreillette dans son oreille. « On vient de m’informer de la régie qu’actuellement il fait nuit en Croatie. » La présidente jeta un coup d’œil sur la montre-bracelet qui reflétait la lumière. « Hmm ? S’il est huit heures et demi de l’après-midi ici, c’est qu’en Croatie il est neuf heures et demi du matin. J’avais la meilleure note en géographie » pendant qu’elle prononçait ceci, la présidente écartait les mains comme si elle se justifiait, et lui à nouveau poussait l’oreillette dans son oreille écoutant quelqu’un à l’autre bout. « On m’indique de la régie qu’en Croatie il est effectivement neuf heures et demie, mais dû au ralentissement de la Terre dans notre patrie, aujourd’hui il ne fera jour que cinquante minutes après midi. » Dès que Balizar eut expliqué à la présidente de quoi il en retournait, de ses doigts elle se frappa le front. « Oh la la la la la la ! Il m’est impossible de m’habituer à ce maudit ralentissement. Vous pouvez imaginer comme tout ceci m’a chamboulée, pour ne pas dire rendue folle. » « Nous savons exactement ce que vous ressentez, chère présidente… Ma proposition est qu’à notre peuple en Croatie, nous nous adressions avec une nouvelle salutation qui sera plus en accord avec la situation nouvellement advenue. » « Bonjour matinal ! » l’idée vint de suite à la présidente, ce qui enchanta franchement Balizar Anić, qui applaudit plusieurs fois, suivi rapidement par les émigrants installés tout autour, se montrant et faisant signe à la caméra derrière la présidente. Lorsque les applaudissements se sont apaisés, la présidente s’adressa à nouveau à Belizar, c’est-à-dire à la caméra. « Bonjour nocturne à tous en Croatie, notre pays adoré ! Vu que nous parlons de ce dérèglement inhabituel, je ne peux pas ne pas vous présenter de magnifiques personnes tellement courageuses qui supportent brillamment ces incroyables canicules. N’oublions pas que là, maintenant, une journée dure six jours ! Ce n’est que maintenant que nous avons osé sortir, une fois le soleil adouci. » Le journaliste dirige le microphone vers l’émigrant le plus proche de la présidente. « Comment vous protégez-vous exactement de cette insoutenable canicule ? » L’émigrant d’un âge moyen tend les mains vers le journaliste en signe d’impuissance. Puis, la présidente explique au journaliste la raison exacte de la réaction confuse de l’expatrié. « Ils ne parlent pas le croate. » « Ah, d’accord — ce sont en fait des descendants ? » « Oui — troisième, quatrième génération. » « Euh, je ne suis pas très habile en anglais, vous pouvez leur traduire ? » « Je peux. » La présidente posa la question à l’immigrant en anglais, qui lui répondit brièvement. « Il dit qu’ils ont de larges chapeaux et qu’il peut nous en montrer un qui se trouve dans sa voiture. » « Excellent ! » L’immigrant quitte rapidement le cadre, pendant que le journaliste poursuit l’entretien avec la présidente. « Les gens en Croatie sont peu satisfaits par la longueur de la nuit qui dure six jours, tout comme des températures basses auxquelles ils ne sont pas tout à fait habitués. Un grand problème est aussi cette insomnie collective, et de nombreux citoyens sont blessés, car ils s’enfoncent dans tout et n’importe quoi pendant ces freinages brusques — dans les hôpitaux il n’y a plus de place. Qu’aimeriez-vous leur dire ? » « Peut-être que toute cette situation, il faudrait l’envisager d’un autre angle. Les longues nuits peuvent être aussi bien romantiques. Surtout si, par exemple, la neige tombe dehors. Le petit feu, la cheminée — mais quelle merveille ! » « J’admire à quel point vous pensez toujours et si positivement », Belizar était franchement enchanté. « Merci. » « Quels sont vos plans après la tournée australienne ? » « Dans pas moins de deux jours, je pars pour la Nouvelle-Zélande visiter nos expatriés, et ensuite je me rendrai en Nouvelle-Calédonie. » « C’est que là-bas aussi, on a des expats ? » « Il doivent être deux ou trois, mais je voyage là-bas surtout pour tenir quelques réunions urgentes avec des hommes d’affaires calédoniens avec lesquels je discuterai du renforcement des liens entre nos deux pays. » Puis, dans le cadre apparaît l’expatrié qui est allé jusqu’à son automobile pour trouver son chapeau. Effectivement, le chapeau était des plus grandes dimensions — modèle classique australien qu’avait porté Crocodile Dundee dans le film homonyme, mais d’un bien plus grand diamètre. Le journaliste se saisit du chapeau et le montre à la caméra. « Voilà avec quoi nos expatriés en Australie se défendent du soleil. Ceci pourrait nous servir à nous aussi, l’été prochain, lorsque chez nous la journée s’étalera sur six jours — et comme c’est parti peut-être même plus ! Combien coûte un tel chapeau ? » « Terminééééééé ! » cria Sultan assit au bureau devant le laptop dont le clavier était éclairé par une petite lampe de chevet courbée. Dans le petit T1 zagrébois, Floppy et lui ont emménagé suite à l’été pluvieux sur l’île de Krk ; et le loyer de l’appartement avait été à part égale financièrement appuyé par les parents des deux. Floppy éteignit le son sur le téléviseur interrompant Belizar Anić en discussion avec la présidente, se leva du canapé trois places et vint jusqu’à Sultan. S’assoit sur ses genoux et l’embrasse. « Sultan, je suis actuellement la femme la plus fière sur notre planète au ralenti. » « Nous n’avons toujours pas le titre… Non seulement pour la série, mais même pas pour un seul épisode… » Sultan était quelque peu inquiet. « Ne t’inquiète de rien, on trouvera quelque chose. » De son index, Floppy lui toucha le nez. « Le délai c’est pour quand ? » « Quel jour sommes-nous en fait ? Quelle heure est-il ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ? » Floppy se tourne vers le laptop de Sultan et regarde le calendrier. « Il est deux heures, le cinq décembre et nous sommes jeudi. » « Deux de l’après-midi ou du matin ? » « 14 heures… Le délai c’est pour quand ? » « Le dix. » « Bah nous avons du temps. Laisse-moi lire puis, je trouverai les titres. Allez, casse-toi d’ici. » Sultan s’amène jusqu’au canapé trois places, s’allonge là avec le coussin sous la tête, se saisit de la télécommande, allume le téléviseur et augmente le son. La reprise de son western préféré Rio Bravo venait de commencer. Après le western, Sultan eut l’idée de voir un autre western et se décida de revoir son deuxième film préféré dans ce genre de films avec des cowboys, Le bon, la brute et le truand. Pendant ce temps, Floppy lisait son scénario pour la série télé de six épisodes et notait souvent quelque chose avec un crayon sur une feuille de papier. Pile au moment de la culmination du conflit à trois dans le légendaire spaghetti-western, Floppy referma le laptop en souriant avec satisfaction. Sultan somnolait sur le canapé trois places. Floppy augmenta le son au maximum, réveilla Sultan en le regardant d’un air menaçant sous le son du thème musical dramatique. « Tu t’es endormi pendant ta scène de film préférée ! » « Ce n’est plus celle-là ma préférée. » « Ah bon ? » « Justement, je réfléchissais il y a quelques jours, c’est-à-dire quelques nuits — peut-être que ma scène préférée est celle lorsque Ripley à la fin d’Alien endosse le costume d’astronome. » « Lorsqu’elle est à demi-nue ? » Floppy joua bien une dangereuse menace. « Oui… » Sultan joua bien la frayeur. « T’en es sûr ? » « Non… C’est tout de même celle-là la meilleure scène jamais » Sultan acquiesce vers le téléviseur sur lequel se déroulait le générique. « Celle d’Alien est en fait complètement surestimée. » « Je suis tout à fait d’accord. » Floppy s’assoit à côté de Sultan et lui montre la feuille de papier avec satisfaction. « J’ai quelques idées. » « T’en penses quoi du scénario ? » « En ce qui me concerne — tu réussiras le concours. La manière dont tu as traité l’apparition des footballeurs connus est vraiment génial. » « Et les personnalités ? » « On voit que tu écoutais attentivement lorsque je te décrivais chacun d’entre eux. » Sultan sourit regardant Floppy avec curiosité. « Et est-ce que t’as une idée pour le titre ? » « Je les ai tous. Mais — procédons par ordre ! » Sultan devint sérieux et se concentra. « Donc, je pense que chaque épisode doit avoir un titre tiré de la terminologie footballistique habituelle, une phrase facilement reconnaissable, une expression, étroitement liée à l’action de chaque épisode. « Excellent ! » « Écoute-moi attentivement. Le premier épisode s’appelle Le premier sifflement de l’arbitre, le deuxième c’est Action dangereuse pendant l’interruption, le troisième s’appelle Deux-zéro est le plus dangereux des avantages, le quatrième L’Équipe avec un tas de remplaçants, le cinquième c’est La compensation de l’arbitre et le dernier Le dernier sifflement de l’arbitre ! Sultan était enchanté. Il sautillait sur le canapé trois places, et le canapé avec lui. « Mais c’est génial ! » « Tu comprends ? Chaque titre est carrément en lien avec l’action de chaque épisode, dans un sens métaphorique. » « Et en rien bancal — et c’est ce qui me plaît. » « C’est bon ça ! » « Et le titre ? » Floppy regarda Sultan de manière significative. « Le titre de la série c’est Le ballon est rond. » Sultan ouvrit grand les yeux. « Quel chef-d’œuvre ! Quelle excellente métaphore… Messi, Ronaldo, Robben et les autres — vous pensiez que les habitants locaux vous accepteront avec enchantement, car vous êtes des espèces de vedettes, mais quelque chose de complètement inverse est arrivé. Ce sont les paysans qui ont détruit vos vies en vous chassant dans vos tombes. Le ballon est rond ! » « Exactement. Nos paysans ne sont pas n’importe qui — nos paysans ont leur avis et leur personnalité ! » Sultan regarda significativement Floppy. « Je t’aime, Floppy… » Bientôt ils faisaient l’amour. Quand, au bout de deux nuits, le jour se leva enfin, Sultan emballa le scénario — inscrit le titre du projet et les titres de chaque épisode. Il envoya le scénario par e-mail sur l’adresse laviealacampagnecroate@concours.tv, et attendait impatiemment le premier jour de l’hiver prévu pour les résultats. En même temps, et pour la première fois Floppy s’est inscrite à l’audition pour devenir commentatrice sportive. La même télévision à laquelle Sultan avait envoyé le scénario de la série Le ballon est rond avait annoncé l’appel pour le poste de commentateur sportif. L’audition consistait à faire assoir le candidat dans une petite pièce face au moniteur en lui faisant regarder un enregistrement de cinq minutes d’un concours sportif, en général du football, et c’était aux candidats de se débrouiller pendant ces cinq minutes pour montrer toute l’étendue de leur talent. Les candidats pénétrant avant Floppy dans la pièce en sortaient assez choqués. Les extrais de cinq minutes étaient incroyablement étranges et donc très difficiles à commenter. Un des candidats avait affaire à l’extrait de la finale de la coupe de Kazakhstan, un deuxième se devait de commenter l’extrait des qualifications pour la Coupe du monde féminine entre le Belize et le Guatemala, un troisième a eu un match de la deuxième division finnoise, et le quatrième montrait son talent de commentateur sur l’extrait du match amical entre Fidji et Trinidad et Tobago. Ainsi, la tâche de Floppy n’était en rien plus facile — l’extrait de cinq minutes des qualifications de la Coupe des nations africaines du match peu attractif entre l’Érythrée et Djibouti. Pour que l’affaire soit encore plus compliquée, des cinq minutes d’extrait, pendant quatre minutes et cinquante secondes le match n’était pas du tout joué, car un joueur de la sélection d’Érythrée avait par hasard cogné de son pied la tête du gardien de but de Djibouti. Mais Floppy ne se laissa pas impressionner — pas une seconde elle ne tournait en rond, il n’y avait pas de silence ni de confusion dans son commentaire. « On espère que ce malheureux début ne dégradera pas les relations amicales des avoisinants Érythrée et Djibouti. L’arbitre principal — les organisateurs de ce duel ne nous ont pas livré le matériel presse, du coup moi la pauvre je ne sais même pas comment s’appelle l’arbitre principal, et d’où il nous vient. C’est ce fameux laisser-aller, schlamperei comme diraient les Allemands — vous savez exactement de quoi je parle, car en cela nous sommes très semblables aux Érythréens. Pour l’arbitre, je peux juste dire avec assurance que l’homme est d’Afrique et que sa peau est de couleur noire. C’est cette variante de la couleur de la peau noire, plutôt foncée qui passe en violet aubergine. Je pense que l’arbitre pourrait être de… peut-être de… Kenya, Tanzanie, ou un tel pays, peut-être d’Ouganda, mais cela n’est pour l’instant pas si important que ça. Là, il est en train de dire quelque chose à l’attaquant érythréen, qui dans l’immense désir de marquer le but en ciseau retourné avait à la place de la tête du gardien de but djiboutien… Mais je ne suis pas sûre de ce que l’arbitre lui explique exactement et dans laquelle des nombreuses langues, mais vu le langage du corps, je peux conclure que l’imprudent attaquant érythréen sera averti juste d’un carton jaune. Oui ! Et voilà — l’arbitre est justement en train de montrer le carton jaune à l’attaquant érythréen — un certain Darar Djama, les joueurs de Djibouti protestent maintenant auprès de l’arbitre principal pensant que Darar Djama ait mérité une plus importante punition. Mais, chers spectateurs, vous le voyez vous-mêmes, alors je ne vois pas pourquoi je vous raconterais ce que vous voyez. Du coup, une autre chose m’est venue à l’esprit, et elle concerne le destin humain. Imaginons, par exemple, que le gardien de Djibouti n’avait pas réagi à temps et que l’attaquant érythréen Darar Djama avait vraiment saisi le ballon et d’un ciseau retourné efficace marqué le but du bord de la surface de réparation ! À l’instant même, son geste aurait été frénétiquement diffusé sur les réseaux sociaux, et très vite serait parvenu jusqu’à un manager de l’autre rive de la Mer rouge où le standard est bien plus élevé qu’en Afrique. Le jeune Darar Djama se serait peut-être même mis à jouer dans un club saoudien chez un cheikh, ce qui serait probablement devenu son tremplin pour l’Europe. D’abord l’Italie, puis peut-être même l’Angleterre… Les grands clubs tels que Liverpool, Manchester United ou l’Arsenal ! Mais, ainsi Darar Djama restera peut-être à jamais dans la misérable Érythrée… » Par un concours de circonstances, le premier jour d’hiver aussi bien Floppy que Sultan attendaient les résultats de leur dur labeur passé. Par la fenêtre de leur petit appartement, ils regardaient avec excitation dans la chronique grisâtre hivernale et attendaient l’alerte de l’arrivage des e-mails sur le laptop. Dehors et comme si à chaque instant il allait faire jour, la neige tombée toute la nuit fondait doucement se transformant en gadoue. C’est Sultan qui a le premier vécu la déception. Dans le refus qu’il avait reçu, il était écrit : « Nous sommes désolés de devoir vous informer que votre projet n’est pas d’une qualité suffisante pour notre concours. Pour de nombreuses raisons, la plus importante étant la suivante — il est impossible qu’une telle histoire se passe dans la campagne croate, et même si cela arrivait, les paysans croates n’auraient jamais été aussi méchants et négatifs. De plus, il nous faudrait écrire à chacun des joueurs connus une lettre en les priant de nous céder leurs droits à l’image, et cela est bien trop compliqué. Somme toute, votre projet n’a rien à voir avec la vie réelle, mais donne une mauvaise image sur la campagne croate et la Croatie elle-même, et cela était déterminant pour que nous refusions votre projet. » Puis, Floppy reçut le mail décevant. Nous sommes désolés de devoir vous informer que vous n’avez pas répondu aux conditions de notre audition. Vous n’êtes pas assez sérieuse pour nos critères. Si vous devenez plus sérieuse ces prochaines années, sentez-vous libre de nous recontacter. » Floppy se leva du bureau regardant par la fenêtre. Le jour continuait de se lever. Et même si le soleil pouvait apparaitre à l’horizon, elle ne l’aurait pas vu, car tout ce que Floppy pouvait voir devant elle n’étaient que les nuages gris s’étalant à l’infini. Depuis un moment, Sultan restait assis dans le canapé regardant à travers le téléviseur. De l’inhabituelle tristesse commune,un son étrange les secoua. Sur la petite table en verre se trouvant entre le canapé et le téléviseur, la tasse de café de Sultan se mit à trembler comme si elle avait été vivante. Puis, toute la vaisselles de l’appartement prit vie également — les assiettes et les verres de la cuisine communicante avec le salon. Après la vaisselle, les autres éléments, plus lourds, commençaient aussi à remuer — la petite table en verre, le bureau, la table de cuisine, l’étagère avec le téléviseur, de l’étagère avec des livres tomba d’abord le livre La Chute de l’Empire romain, enfin s’est secoué aussi le canapé massif. Aussi, la cime dénudée de l’arbre devant l’immeuble. Floppy et Sultan se regardèrent en même temps et accoururent vers la salle de bains, Floppy se saisit du laptop du bureau. Quand ils ont foncé dans la salle de bains, Floppy mit le laptop dans le petit casier le protégeant avec deux colonnes de serviettes de bain. Sultan se tenait déjà à la poignée métallique facilitant la sortie de la douche. Au dernier moment, avant que la Terre ait atteint l’apothéose de son ralentissement, Floppy agrippa de ses deux mains la poignée métallique. Cette fois-ci le ralentissement de la Terre était tellement fort, comme lorsque dans un vaisseau spatial éclate une partie et que l’univers se met à aspirer les astronomes à travers le trou fissuré. Pendant un temps, Floppy et Sultan résistaient à l’arrêt de la Terre grâce à la poignée métallique puis, ils furent propulsés en arrière, claquant fortement la porte de la salle de bains qui s’ouvrit. Les gueules de bois et les émigrations La Terre a définitivement arrêté sa rotation autour du Soleil et autour de son axe le 2