• Le Fantôme de la liberté

Vanda Mikšić primée pour sa traduction du poème-fleuve d'Aimé Césaire




Pour sa traduction en croate du Cahier d'un retour au pays (Bilježnica povratka u zavičaj, Fotopoetika, 2020) d'Aimé Césaire la traductrice et poète Vanda Mikšić reçoit le prix de la meilleure traduction de poésie décerné par la Société des traducteurs littéraires croates (Društvo hrvatskih književnih prevodilaca).


Félicitations !


Écrivain et homme politique français, Aimé Césaire (1913-2008) est le fondateur et représentant majeur du mouvement littéraire de la négritude, courant littéraire et politique créé entre deux-guerres et lié à l'anticolonialisme. D'un souffle épique, son poème Cahier d'un retour au pays (1939) se présente sous forme de vers libres, et influencé par le surréalisme, il mêle métaphores audacieuses et expression de la révolte. Le retour à la Martinique s'accompagne de la prise de conscience de la condition inégalitaire des Noirs.

Pour les vacances d'été en 1935, n'ayant pas les moyens de rentrer en Martinique ni de famille en France, son ami Petar Guberina l'invite chez lui en Croatie, sur la côte dalmate, où il reconnaîtra, dans le nom de l'île de Martiniska sa Martinique natale. Ce choc produit en lui, confiera-t-il, est à l'origine du poème-fleuve qui deviendra l'hymne à la négritude.


« Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’œil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre. »


« Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences, car il n'est point vrai que l'œuvre de l'homme est finie que nous n'avons rien à faire au monde que nous parasitons le monde qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde mais l'œuvre de l'homme vient seulement de commencer et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'à fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite. "


Aimé Césaire

Cahier d'un retour au pays, 1939