• Snježana Banović

Une tragédie qui aurait dû être évitée




Ce que nous craignions le plus est arrivé à nous tous qui avons affaire directement ou indirectement avec le Théâtre national croate, en le suivant en tant que collègues, public et critiques : le chanteur d'opéra Ante Topić est décédé dans la nuit du 5 décembre 2020 des suites du virus COVID-19, deux semaines après avoir été connecté à un respirateur à l'hôpital de Dubrava. La triste nouvelle s'est répandue sur la toile au petit matin de samedi, mais il ne restait plus que le silence de la direction du Théâtre national croate et du ministère de la Culture. Le même silence qui a dirigé notre établissement culturel traditionnel dirigé par Dubravka Vrgoč et Nina Obuljen Koržinek le jour de début novembre où Ante Topić, membre de longue date de la chorale du HNK, est venu travailler sans se rendre compte qu'une répétition au théâtre serait pour lui fatale. Ignorant qu'ils étaient infectés, se trouvaient lors de la même répétition ce jour-là des collègues contaminés par un figurant lors d'une représentation du Barbier de Séville dont a été confirmée l'infection deux jours plus tard et qui en a immédiatement informé la direction. Qui a décidé de garder le silence.


La direction a décidé de nier que l'infection avait atteint la scène de l'HNK, bien que les membres de la chorale d'opéra, apprenant dans le couloir que l'infection avait été confirmée aux figurants, aient exigé pendant des jours des explications sur les informations se propageant dans les couloirs du théâtre. Cependant, du tapis sous lequel l'intendant et son directeur de l'Opéra se cachaient, on entendit ce qui suit :

Le figurant se porte bien, il n'y a plus de forme sévère de la maladie, et il n'y a pas lieu de paniquer. Là dessus, le « tapis » exige même des employés qu'ils déclarent publiquement qu'ils ne sont pas infectés au HNK.





Les travailleurs de HNK ont allumé des bougies

en l'honneur d'Ante Topić décédé samedi


L'infection, cependant, ignore le bruissement sous les tapis poussiéreux mais continue de se propager. Il sera bientôt établi qu'elle est entrée au théâtre deux jours avant Séville, lors de la représentation de l'opéra Carmen, le 27 octobre, dans un orchestre. La direction s'en fiche, et annonce quand même que les musiciens ont été également contaminés en dehors du théâtre, pas dans un trou d'orchestre où aucune distance n'a été respectée. Et, lorsque l'infection est confirmée par l'analyse d'un des musiciens de l'orchestre, seuls les contacts « sélectionnés » des cas contaminés sont envoyés en auto-isolement, mais pas, par exemple, le contact qui le lendemain doit jouer Lucia di Lammermoor, qui autrement devrait être annulée, le musicien en question n'ayant pas de remplaçant.


Et même après la représentation de Carmen mentionnée, toutes les performances et expériences ont été annulées et le théâtre

ainsi que tous les opéras du monde sont passés à la production en ligne (avec seulement quelques programmes de chambre en directe), Ante Topić, qui, en plus du chant, s'occupait avec succès de la documentation photographique de la vie quotidienne des artistes au Théâtre national croate, est demeuré - aussi joyeux et optimiste qu'il était dans son caractère chaleureux et surtout honnête - toujours parmi nous.


Cependant, dans une lettre ouverte au public dans laquelle ils ont immédiatement mis en garde contre le danger de propagation du virus, le personnel de l'Opéra a déclaré que dans l'opéra Carmen, environ 40 d'entre eux sur scène devaient « simuler des orgies, des vomissements, ramper sur le sol ». Pendant ce temps, l'intendante, de son propre chef, modifie ad hoc les règlements sur le travail pendant l'épidémie - à un moment donné, deux règlements différents sont ainsi en vigueur. Les artistes avertissent : « L'hygiène est horrible. Dans la grande salle où l'on fait les répétitions, les uns après les autres, sans désinfection, avec poussière et ordures accumulées dans les coins, sans une demi-heure de pause, s'enchaînent le drame, et le chœur, les solistes, l'opéra… » Tout cela ne suffisait pas, l'intendante demande que le programme aille plus loin, sans annulation, donc en concertation avec ses directeurs, elle décide de garder le silence sur l'infection dans la maison, en informant sélectivement à son sujet seuls quelques élus, tout cela pour que dans ses apparitions de propagande urbi et orbi elle puisse encore se vanter que l'HNK est le seul théâtre au monde qui fonctionne pendant une pandémie.


Et cette « visée mondiale » effectivement atteinte par la mort tragique d'hier, est le résultat d'ambitions à long terme du type Trump-Bandićiste, qui, entre autres, ont obligé les artistes à se cracher au visage au milieu d'une pandémie mortelle, mettant ainsi en danger leur santé et leur vie. Et nota bene, leurs poumons qui sont en fait le seul instrument dont ils vivent. Ainsi, la personne responsable sous la figure de l'intendante, qui a l'obligation de faire respecter la loi sur le lieu de travail, n'a pas seulement ignoré les mesures contre l'épidémie, mais a également dissimulé la contamination en cachant des données sur ce sujet à ses employés et au public, malgré les appels des syndicats et les déclarations des collègues aux médias.


La peur chez les salariés grandit donc, mais la Direction ne fait toujours rien - quand la chorale une semaine après l'apparition de l'épidémie au théâtre demande d'annuler les essais de la Flûte enchantée, le directeur de l'Opéra la rejette et continue de travailler au théâtre comme si de rien n'était (par exemple, le président du syndicat Drama favorable en tout à l'intendante, nie au même moment catégoriquement l'existence d'un danger à l'Opéra), ainsi le chœur en quelques jours se produit même dans 4 spectacles (Le Barbier de Séville, Carmen, La Flûte enchantée, Lucia de Lammermoor). Tout cela à un moment où l'on apprend que quatre nouveaux membres de l'ensemble d'opéra ont été infectés - à ce jour, le nombre de malades au Théâtre national croate est passé à 48 ! Après une réunion, le directeur d'opéra Mottadelli, en privé, devant plusieurs collègues montre une certaine conscience de sa responsabilité et du risque auquel l'ensemble est exposé, mais continue, sous la direction de l'intendante, de forcer à la poursuite du travail et, encore plus follement (contrairement à la loi sur l'obligation de sécurité sanitaire), demande rétroactivement aux patients d'antidater les arrêts maladie afin de pouvoir remplir mensongèrement le cadre légal de l'auto-isolement.


Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase : le Syndicat croate des travailleurs culturels a déposé une plainte contre l'intendante Dubravka Vrgoč sur la base de l'art. 180 du Code pénal, qui fait référence aux actions liées à la prévention de la propagation des maladies infectieuses. Ce n'est que ce jour-là qu'elle a alors signé la Décision sur le traitement de l'infection, répandant des mensonges selon lesquels il n'y avait pas eu de personnes malades ou isolées dans le théâtre auparavent. Jusque-là, plus de 15 d'entre eux avaient été infectés et Ante Topić était déjà à l'hôpital, où il a été bientôt connecté à un respirateur qui ne lui serait pas retiré avant sa mort.


Lorsque tout a finalement été rendu public, principalement grâce au site Teatar.hr, l'intendante a continué à nier toute responsabilité, et ce qui est incompréhensible, la ministre Nina Obuljen Koržinek était d'accord avec elle, comparant - à la consternation générale - les performances musicales et scéniques avec les rencontres de football. En soutenant Vrgoč dans des décisions folles qui seraient enviées par le dément Caligula, d'ailleurs, personne de la direction, y compris le chef du conseil du théâtre Duško Ljuština, ne montre la moindre empathie pour l'état de santé d'Ante Topić et des autres personnes contaminées. Conscients de l'attitude impitoyable des dirigeants de notre affligeante politique théâtrale, ainsi que de la censure des principaux médias, le 21 novembre, les employés accrochent sur le bâtiment une banderole sur laquelle est écrit : Aucune accusation pénale n'a été déposée contre le théâtre parce que le théâtre - c'est nous.


Malheureusement, le prix de ce travail s'est avéré indiciblement trop élevé, Ante Topić a perdu la bataille de sa vie contre la maladie alors même que l'hôpital n'aurait pas dû être à un kilomètre, il a été en fait infecté par l'ambition pathologique de l'intendante qui a refusé de protéger ses employés (travail sans distanciation ni masques), les exposant consciemment aux conséquences de sa décision impériale impérative sur les performances on live.


Alors que le bureau du procureur de l'État examine une plainte pénale contre Dubravka Vrgoč (qu'en l'état actuel des choses, le Syndicat étendra au meurtre par négligence), sa démission, ainsi que la démission du conseil du théâtre dirigé par Ljuština, c'est le moins que l'on puisse espérer. La gestion, par définition, signifie la responsabilité, et non une excuse pour la négligence et l'anarchie dans lesquelles l'administration est toujours soutenue par le ministre de tutelle Obuljen Koržinek.


Son mandat, en revanche, appartiendrait au passé dans les pays (où, d'ailleurs, les opéras ont depuis longtemps cessé de fonctionner en direct) dans lesquels on se retrouve ruiné à cause de bas achetés aux frais des contribuables. Nous vivons cependant dans une bulle où l’anarchie et la dissimulation des problèmes publics pour son propre profit sont des entorses régulières à prendre en compte dans les carrières. Et ainsi dans celle de Dubravka Vrgoč, basée sur un hédonisme autoritaire, dans lequel « la poussière et les ordures accumulées dans les coins » dont parlent les artistes sont laissées à leur élément, sont présentées comme des succès mondiaux. Attendre d'elle qu'elle démissionne, c'est ne pas savoir que les dictateurs ne l'offrent jamais, espérant ne pas connaître la misère et la tristesse du dernier jour de leur pouvoir infini.


Mais de quelque façon et quand elle devrait s'achever, cette grande carrière a connu hier un épilogue tragique qui sera désormais enregistré dans toutes les chroniques du Théâtre national croate et avec lequel même le positionnement réussi à long terme de Dubravka Vrgoč au-dessus des lois semblera - un fait passager.



Traduit par Nicolas Raljevic

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