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Skupljač istine leđa ne okrene / Le collectionneur de vérité n’a pas tiré sa révérence


Haris Burina

1963 – 2024







Skupljač istine leđa ne okrene


Dragi Harise,


Pamte te svi kao slavnog glumca, pamte te svi kao čovjeka neizmjerne ljudske topline, humora, duhovitosti i talenata. Al eto, ja ti kažem, bio si sve to usput, sporedno i sasvim slučajno. Ono za što si se ti neumorno borio, ono što nije došlo samo od sebe nego kroz veliki trud je tvoje konstantno zanimanje: skupiti istinu. I to kako skupiti! Kopati, kovati, krojiti, ti si se za tu istinu sagnuo do boli. Na svakom ćošku, na ulicama, u uredima idiotskih procedura, u društvu slavnih ljudi kao i u običnoj prodavnici, samo te jedna stvar zanimala: radost i bol, tuga i osmijeh, razlaz ili prikupljanje dirljivih pokreta i poteza. Nikada te nisam vidio da sudiš ljude jednom zauvijek. Svi su imali s tobom pravo da se sutradan pokažu u nekom novom svjetlu. I onome koji je navodno bio lišen humora dao bi šansu da dokaže da će sutra na stand-up komediji nasmijati ljude do suza. Znaš kako Rusi kažu: dvije boce votke je puno, a tri? Malo. Zbivanjima u tvojoj najdražoj zemlji, ma koliko tužni i okrutni bili, uvijek si dao šansu da se poprave, da napokon izviri ona dobrota i plemenitost koju si ti prakticirao na dnevnoj bazi i za koju si vjerovao da je univerzalna i najmoćnija od svih ljudskih sklonosti. Jutros, s tobom u mislima do te mjere da mi žile pucaju od napetosti, pokušao sam uraditi ono najdraže što si me naučio, da se brijem bez britve, da popijem kavu bez šalice i da se uredno oblačim bez odjeće. Nije mi uspjelo. Jer tebe više nije bilo jer tvoj pogled nisam više osjetio. Ali kad sam se srušio i zaplakao, e tu si odjednom bio, uz mene, uz sve nas koji te volimo. Od „Emigranata“ preko „Ni živ ni mrtav“ pa do „Ćorkana“, naučio sam od tebe kako najbolnija tuđina nije ona koju izazove graničarska okrutnost ili izjave o odcijepljenu bilo koje zemaljske ili nebeske kocke nego kad se čovjek otuđi od sebe sama. Sjećaš li se kada si mi objasnio zašto ti je draža riječ „p(r)ozorište” od riječi „kazalište”. Da Harise, sad sam te shvatio, kroz prozor se gleda, kroz prozor se primjećuje a za deklamaciju nemamo niti vremena niti potrebu. Sudeći prema zemljopisnim parametrima trenutno ti pišem iz Nairobija a razdvaja nas 8781 kilometara, ali to je samo privid, nikad nisam tvoju bliskost osjetio tako snažno. Ako pravednost postoji, tamo gdje se nalaziš sada je mala intimna scena, kasir kaže da su karte rasprodane ali od gledaoca ni traga ni glasa, na pozornici smo ti postavili ono malo što si tražio: šešir na stolici, vješalicu sa zaboravljenim džemperom, obični kofer, a sa strane otvoreni kavez koji treperi od ptičjeg polijetanja. Zeničkog, Sarajevskog kako li već.



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Le collectionneur de vérité n’a pas tiré sa révérence



Haris, mon très cher,


Tout le monde dira se souvenir de toi comme d’un acteur célèbre, un homme d’une immense chaleur humaine, d’un humour, d’un esprit et de talents irésumables. Mais là, je te le dis, tu étais tout ça aussi comme en passant, sans y toucher et presque par hasard. Ce pour quoi tu t’es battu sans relâche, ce qui n’est pas venu tout seul mais grâce à de grands efforts, c’est ta profession de toujours : accueillir la vérité. Et comme tu l’accueillais ! En creusant, en forgeant, en recousant, tu t’es toujours penché jusqu'à la douleur pour cette vérité. A chaque coin de rue, dans des bureaux aux procédures idiotes, en compagnie de personnages célèbres comme dans un magasin ordinaire, une seule chose t’intéressait : la joie et la douleur, la tristesse et le sourire, la séparation ou le rassemblement des mouvements émouvants. Je ne t'ai jamais vu juger les gens une fois pour toutes. Avec toi, chacun avait le droit de se montrer sous un nouvel angle le lendemain. Et tu donnais à chacun que l'on disait dépourvu d'humour la chance de prouver qu'il ferait rire le public aux larmes sous une autre lumière. Aux événements dans ta patrie bien-aimée, aussi tristes et cruels fussent-ils, tu as toujours accordé un doute bienveillant, l’espoir de voir enfin jaillir la bonté et la noblesse que tu pratiquais au quotidien et que tu pensais être universelle et le plus puissant de tous les penchants humains. Ce matin, en pensant à toi à un tel point que mes veines endolories en eurent éclaté de tension, j'ai essayé de reproduire ce que tu m’as enseigné de plus précieux : me raser sans rasoir, boire du café sans tasse et m'habiller correctement sans vêtements. Et veux-tu que je te dise ? Ça n’a pas marché. Parce que tu n'étais plus là, parce que je ne sentais plus ton regard. Mais quand je me suis effondré et pleuré, soudain tu étais là, avec moi, avec nous tous qui t'aimons. Des « Émigrés » à « Ni mort ni vivant » en passant par « Ćorkan-le-Borgne », j'ai appris de toi que l'aliénation la plus douloureuse n'est pas celle de la cruauté du garde-frontière ni celle des déclarations d’émancipation de tel ou tel petit cube terrestre ou céleste, mais lorsqu'on devient son propre aliéné. Tu te souviens quand tu m'as expliqué pourquoi tu préférais le mot « pozorište » plutôt que « kazalište », oui, cette fenêtre sur le monde plutôt que la pataugeoire à déclamations, et cela dans notre langue, le BCS, le bosniaque, le Yougo, le serbo-croate, le croato-serbe, la langue d’Ivo Andrić et de Mujo et Haso, c’est toi qui choisis mon grand frère. Oui, Haris, maintenant je te comprends, tu regardais par la fenêtre, tu scrutais et tu notais l’indiscernable, car nous n'avons ni le temps ni besoin de ces déclamations. Tu me trouveras « ici », à 8781 kilomètres de ta chère et tendre cité industrielle de Zenica et tu veux que je te fasse une confidence ? Jamais je ne me suis senti aussi proche de toi ! Alors si l’honnêteté du destin est envisageable, je sais où tu te trouves en ce moment : sur une petite scène, intime, rapprochée comme tu les aimais, le caissier nous a dit qu’on jouerait à guichets fermés mais il n'y a pas l’ombre d’un spectateur, mais sur scène comme tu le voulais on t’a mis une petite table, un portemanteau avec ta veste de rocker oubliée, une valise ordinaire et puis une cage ouverte qui vacille encore du bruissement des oiseaux ; de Sarajevo.



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