• Miloš Lazin

La dernière révérence d’Enisa Aličehić, le bon esprit de la mythique galerie Le Lys




Enisa Aličehić est décédée le 13 juillet dans un hôpital parisien à l’âge de 73 ans.


En 1996, elle invente, fonde et dirige à Paris la galerie-librairie Le Lys sur l’Île Saint-Louis, qu’elle parvient à faire vivre sept années durant. Les expositions de peintres, sculpteurs, photographes y étaient renouvelées chaque mois, presque exclusivement d’artistes originaires de l’espace ex-yougoslave ; on pouvait y feuilleter et acheter des livres en plusieurs langues, autant en littérature que des essais, des dictionnaires, des études en sciences sociales. Presque toutes les semaines s’y déroulaient débats, soirées littéraires, concerts, conférences, avec des personnalités de tous les pays issus de la Yougoslavie, de France, d’Europe, des États-Unis... Formellement, l’espace, pas plus grand qu’un deux pièces, était loué et géré par une association Loi 1901. L’association c’était Enisa, une personne à la concentration d’énergie et de vitalité par centimètre cube de corps humain incommensurable. Dans cette association, nous n’avons pas aidé Enisa, c’est Enisa qui nous a aidés ! Et pas seulement nous ! La mission du Lys, la mission d’Enisa, c’était d’offrir un espace de vie et de réflexion à tous ceux qui avaient perdu leur monde dans la violence, la guerre, l’agression. Le Lys a rappelé que ce qui est détruit peut retrouver un espoir dans l’humanité, qui nous semblait alors piétinée. Malheureusement, n’ont pas été archivés les noms de tous ceux qui ont parlé, exposé, discuté ou simplement sont passés par l’association du Lys. Ni combien de connaissances y ont été nouées ou renouvelées, combien de rencontres organisées. À certaines occasions, le lieu a accueilli plus de 200 personnes. Le Lys était une possibilité dans l’impossible. Le fonctionnement de cet espace, doté d’une aide financière insuffisante et ponctuelle de certaines fondations ou de l’État français, restera secret. Au printemps 2003, Enisa a annoncé qu’elle fermait la galerie. Était-ce le manque de fonds pour payer le loyer et l’électricité, un affaiblissement de la motivation, la fin et du moins l’éloignement provisoire de la guerre qui nous réunissait à distance… ? Tout comme Enisa avait courageusement donné vie au Lys, de la même manière elle y a mis fin. Incidemment, elle et son action ont beaucoup fait, laissant, chez nombre d’entre nous, cette trace à peine visible, à peine reconnaissable, ces grains de joie dans les chemins du désespoir qui nous permettent de continuer. Beaucoup ont voulu oublier cette période, du moins refouler les tourments qu’elle leur avait causés. J’aimerais que ceux qui lisent ce texte se remémorent un instant au moins d’une partie de ce qu’ils ont entendu, découvert, appris, vu au Lys… Moi, je sais que le Lys m’a aidé à survivre… Hvala Enisa !


Miloš Lazin

traduit par Nicolas Raljevic




Enisa Aličehić je preminula 13. jula u pariskoj bolnici u 73. godini života.


1996. je izmislila, osnovala i vodila, na senskoj adi Svetog Luja (Saint Louis), galeriju-knjižaru Le Lys, koja je uspela da poživi punih 7 godina. Izložbe slikara, vajara, fotografa su se tu smenjivale svakog meseca, gotovo isključivo umetnika s prostora, i s poreklom iz, bivše Jugoslavije, mogle su se kupiti knjige na više jezika, kako literatura tako i esejistika, rečnici, studije iz društvenih nauka, a gotovo sedmično su se smenjivale debate, književne večeri, koncerti, predavanja, ličnosti iz svih iz Jugoslavije nastalih zemalja, iz Francuske, Evrope, SAD…

Formalno, prostor, ne veći od manjeg dvosobnog stana, je iznajmljivala i vodila građanska udruga. Udruga je bila Enisa, osoba s najvećom koncentracijom energije i vitalnosti na kubnom santimetru ljudskog tela. Nismo mi, u udruzi, pomagali Enisi, već Enisa nama. I ne samo nama! Misija Lysa, Enisina misija, je bila: ponuditi prostor života i promišljanja svima koji su nasiljem, ratom, agresijama, izgubili ceo jedan svet. Lys je podsećao da se srušenom može i mora ponuditi vera u ljudsko, koje nam se tada činilo poraženim. Ostaće nažalost nepopisano ko je sve govorio, dolazio, izlagao, diskutovao ili samo prošao Lysom, koliko poznanstava je u njemu sklopljeno ili obnovljeno, koliko susreta dogovoreno. Bilo je prilika kad je uspevao da ugosti oko 200 ljudi. Lys je bio mogućnost u nemogućem. Ostaće tajna kako je taj prostor funkcionisao, s nedovoljnom, povremenom, finansijskom pomoći nekih fondacija ili francuske državne administracije.

S proleća 2003. Enisa je objavila da zatvara galeriju. Nedostatak sredstava za plaćanje kirije, struje, slabljenje motivacije, kraj i bar za sada udaljavanje rata koji nas je na distanci okupljao? Enisa je neustrašivo počela Le Lys, tako ga je i okončala. Usput, i ona i njena akcija su uradili mnogo, ostavili, u mnogima, onog traga koji se jedva i vidi, jedva i raspoznaje, onih zrnaca veselja u bespućima očaja. Mnogi su poželeli da taj period zaborave, da bar muke koju je izazvao, odagnaju. Voleo bih da oni koju čitaju ovaj tekst na čas pomisle bar na mali deo onoga što su u Lysu čuli, otkrili, naučili, videli… Mislim da mi je Lys pomogao da preživim…

Merci Enisà! 


Miloš Lazin