L’hôtel Intercontinental — Zagreb et la gauche croate

04/09/2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lors d’un rassemblement, d’une réception ou d’un vernissage moi aussi je vadrouille dans les couloirs de l’hôtel Intercontinental. L’icône de la gauche croate est assise seule dans un des fauteuils en rangs, et vu que je me déplace au hasard, il me fait signe de la main, dit « Salut ! », et m’invite à m’assoir.

   On discute d’une manière chaleureuse, amicale : non sans connotation politique, peut-être sur ce à quoi il se consacre actuellement. 
    
Il parle abondamment et moi je l’écoute avec plaisir et pose des questions.
    

     Dans cette ambiance complice plongés dans des fauteuils douillets de sa poche glisse le solennel carton d’invitation par lequel Franjo Tuđman l’invite à une réception. Son nom est tracé à la main. Et même si je fixe bien droit devant moi j’ai dû me trahir par quelque chose. Au bout d’environ une demie minute que je le fixe droit dans les yeux son regard glisse sur la surface blanche de l’élégant imprimé.
     Il réagit précipitamment, adresse un sourire méprisant au carton, et un tantinet confus prononce une phrases ou deux. D’abord avec fermeté : « Bien sûr que je ne vais pas mettre les pieds là-bas. » Puis en ironisant : « Ils n’arrêtent pas de m’en envoyer, même s’ils savent… »
     Je ne pouvais pas le consoler par un : « Moi aussi il m’en envoient. » De même que je ne pouvais pas changer le fait qu’il était environ quinze heure, que le rassemblement allait durer une heure et demi et que la réception solennelle au Palais présidentiel était prévue pour dix-neuf heure, non plus modifier le fait que l’indésirable carton d’invitation il ne l’avait par laissé chez lui, tout comme l’évidence qu’il s’était en avance paré d’un beau costume.
     On a du poursuivre pendant une dizaine de minutes des ignominies sur le parti de Tuđman et lui-même en nous moquant des gens qui allaient se pointer à cette réception. Puis la cloche a retentit, ou quelqu’un a gueulé que le rassemblement, la réunion, le vernissage allait commencer. Nous nous sommes salués puis chacun s’est dirigé vers sa place dans la salle. Nous les hommes de gauche, les libéraux, les subversifs.
     Moi j’avançais avec le sentiment d’être un sacré homme de gauche.

 

 

 

                                                                                                       Traduit par Yves-Alexandre Tripković
 

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